Le magazine britannique Prospect publie, dans son édition d'avril, une interview de l'écrivain Hanif Kureischi, un ami de Salman Rushdie, par Kenan Malik.
Étrangement, Malik entame son article avec un plaidoyer en faveur de la censure, vue comme un impératif dans une société multiculturelle. Pourtant, dans l’interview, Kureishi témoigne d'une grande lucidité à l'égard des islamistes, il n’a pas «internalisé» la fatwa et il exprime clairement son opinion que la liberté d’expression ne doit jamais être restreinte par simple égard pour les «sensibilités» d’autrui. On peut penser que Kureishi a été déçu que l’article de Malik s’avère être un plaidoyer pro-censure.
Kureishi sur l'affaire Rushdie (traduction d'extraits):
Il
y a vingt ans, l'affaire Rushdie a marqué un tournant décisif dans les
relations entre la société britannique et sa minorité musulmane. La campagne
contre Les Versets Sataniques, les livres brûlés qui ont accompagné les
manifestations, et la fatwa de l'Ayatollah Khomeini qui a forcé Salman Rushdie à
se cacher pendant près d'une décennie, ont contribué à transformer le paysage
politique et culturel de la Grande-Bretagne.
L'affaire Rushdie se
distinguait des précédents conflits entre la société britannique et ses
minorités. La fureur musulmane était motivée non pas par des questions de
discrimination ou de pauvreté, mais par un sentiment de blessure causé par les
paroles de Rushdie qui offensaient leurs convictions les plus profondes. D’où provenait
cette blessure, et pourquoi s’exprimait-elle maintenant? L’angoisse musulmane
pouvait-elle être apaisée, et devait-elle l’être? Comment cette colère se rapportait-elle
à des questions politiques sur les droits et les devoirs des citoyens? La Grande-Bretagne
ne s’était jamais posé ces questions auparavant. Vingt ans plus tard, elle
tâtonne toujours pour trouver des réponses.
C'est
grâce à l'affaire Rushdie que de nombreuses questions qui dominent aujourd'hui
les débats - le multiculturalisme, la liberté d'expression, l'islam radical – ont
fait surface. C’est aussi par le biais de l'affaire Rushdie que notre réflexion
sur ces questions a commencé à changer. Dans le monde post-Rushdie, il s’est
développé un sens beaucoup plus fort qu'il est inacceptable dans une société
plurielle d’offenser d’autres cultures ou religions. En 1989, peu de gens
avaient mis en doute le droit de Rushdie de publier son roman. En 2005, il y
avait un large consensus que le journal danois Jyllands-Posten avait eu tort de
publier des caricatures qui heurtaient les sensibilités musulmanes. Les hommes
politiques ont fait l'éloge des médias britanniques pour ne pas avoir publié
les caricatures, et condamné comme « irrespectueuse » la décision de
certains pays européens de les republier.
Shabbir
Akhtar est un philosophe musulman devenu porte-parole du Conseil des
mosquées de Bradford après que des livres aient abouti sur le bûcher. «L'auto-censure»,
a-t-il écrit au moment où l’affaire Rushdie battait son plein, « est une exigence sérieuse
dans un monde aux convictions diverses soutenues avec passion. Ce que Rushdie
publie sur l'islam ne concerne pas que
lui-même.» Beaucoup de libéraux se sont ralliés à sa position. «Si les gens sont
destinés à occuper le même espace politique sans conflits », comme l’a dit
le sociologue Tariq Modood, « ils doivent limiter la critique des
convictions profondes des uns et des autres. »
L'impact du 11/9 et du 7/7, et le meurtre du réalisateur néerlandais Theo van Gogh en 2004, ont tous contribué à façonner le paysage culturel. L’histoire de The Jewel of Medina est particulièrement révélatrice. Le livre sur Aisha - la plus jeune des épouses de Mahomet -, écrit par la journaliste américaine Sherry Jones devait être publié par Random House l'année dernière. Mais après qu’une universitaire américaine l’ait décrit comme « offensant », Random House s’est désisté. Aucune autre grande maison d'édition n'a voulu y toucher. En 1989, Penguin avait maintenu la publication des Versets sataniques en dépit de la fatwa, des menaces de mort et de l'assassinat de plusieurs éditeurs et traducteurs. Vingt ans après, la fatwa a de fait été internalisée.
...
« Les fondamentalistes que j'ai rencontrés », dit Kureishi, «étaient des
gens éduqués, bien intégrés, aussi Anglais que David Beckham. Mais ils
pensaient que l'Angleterre était un cloaque. Ils avaient une vue apocalyptique
de l'avenir. Ils vivaient dans un univers parallèle. Ils n'avaient aucune idée
de ce que serait la vie dans un pays islamique, mais ils désiraient tous l’application
de la charia. Et leur version de l'islam aurait dégoûté leurs parents. » Kureishi se rappelle sa visite à la maison de Kassim
Farid, l'un des fondateurs de la branche britannique du Hizb ut-Tahrir. « Quatre
femmes ont apporté la nourriture. Elles entraient dans la pièce à reculons,
courbées, de sorte que nous ne puissions pas voir leur visage. Je n'avais jamais vu cela
nulle part ailleurs. »
L'affaire Rushdie, estime Kureishi, a transformé non seulement son propre travail, mais aussi « la notion même du travail d'écriture.» La fatwa « a créé un climat de terreur et de peur. Les auteurs devaient réfléchir à ce qu'ils écrivaient comme jamais auparavant. La liberté d’expression est devenue un enjeu comme jamais auparavant. Les libéraux devaient prendre position, et défendre une idéologie à laquelle ils n’avaient pas vraiment eu à réfléchir jusque-là.» Comment ont-ils relevé le défi? « Les attaques sur Rushdie ont montré que les mots peuvent être dangereux. Elles ont aussi montré pourquoi la pensée critique est plus importante que jamais, pourquoi le blasphème et l’immoralité et l'insulte ont besoin de protection. Mais la plupart des gens, la plupart des auteurs, veulent baisser les yeux et vivre une vie tranquille. Ils ne veulent pas d'une bombe dans leur boîte aux lettres. Ils ont succombé à la peur. »
Source: Kureishi on the Rushdie affair, par Keenan Malik, Prospect, Avril 2009, Traduction d'extraits par Poste de Veille



Hélios d’Alexandrie nous présente le père Botros et son travail de déconstruction de l'islam, la doctrine qui fait de ses compatriotes musulmans des persécuteurs des chrétiens d'Égypte. Son émission de télévision est suivie par des millions de musulmans et sa tête a été mise à prix.

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