« Le fanatisme et l’extrémisme sont les premiers signes d’une idéologie fausse en voie d’effondrement » - Wajiha Al-Howeidar, 13 janvier 2008
Les nouvelles conditions de Wajiha, 25 mai 2009
Cependant, je retiens surtout de cette élection la
formidable performance réalisée par Dhikra Rachidi, la cinquième candidate qui
a perdu, et pour cause. Elle n'a obtenu que 7% des suffrages mais ils feront
date, car arrachés dans une région tribale des plus fermées. Dans ce genre de
circonscription, la candidature d'une femme est une atteinte à l'honneur de la
tribu.
Quant aux quatre élues, les députés intégristes
qui sont passés au travers, leur promettent déjà mille et un tourments. Ceci
dit, cette petite révolution féministe ne pourra que susciter des émules et des
vocations dans les pays voisins, notamment en Arabie saoudite. Certes, les
dirigeants du royaume font mine de vouloir réformer la vie politique et
sociale, mais les faits démentent les intentions. Ici, on relance le débat sur
les châtiments corporels que méritent les femmes dépensières. Là, on restreint
leur accès aux salles de culture physique, pour des raisons futiles, bien sûr.
Quant à la plus contestée des réformes, elle
consiste en un projet d'exclure les femmes de l'espace de la circumambulation
de la Kaâba, lors du pèlerinage. Une théologienne renommée, qu'on ne peut
soupçonner de féminisme, a protesté contre cette idée qui lèse les droits des
femmes. Les théologiens mâles sont d'accord, eux, pour isoler les femmes dans
les étages lors de la grande prière autour de la Kaâba.
- Lorsque je verrai des femmes saoudiennes sans qualifications occuper de hautes fonctions, telles que gouverneur, ministre, ambassadrice, Premier ministre ou députée, ou tout autre poste politique élevé. Et de devoir ces positions au simple fait de bénéficier de relations influentes grâce aux liens du clan, de la tribu et du sang.
- Lorsque je verrai des tribunaux présidés par des femmes saoudiennes et qu'il sera interdit aux hommes saoudiens d'y occuper n'importe quelle fonction, ou d'être représentés autrement que par une femme exerçant la tutelle sur leur personne et sur leurs intérêts. L'homme ne sera autorisé à apparaître à l'audience que sur ordre de la juge. Il se présentera de façon anonyme, couvert de noir des pieds à la tête et ne parlera que sur injonction de sa tutrice. Son témoignage ne sera pris en considération que s'il est confirmé par un autre témoin masculin.
- Lorsque l'homme saoudien ressentira la peur tout au long de sa vie. Parce que son épouse pourra le changer ou le remplacer par un autre homme, par noce passagère ou de jouissance, ou par un second mariage visant à satisfaire la libido de la femme. Que cette femme justifiera alors cet avilissement en prétendant se conformer à la «Loi de Dieu».
- Lorsque je verrai une femme saoudienne mettre fin à la vie active d'un homme qui réussit en le privant de son travail d'un simple trait de plume.
- Lorsque je verrai des hommes saoudiens mûrs, majeurs et sages traînés vers les postes de police parce qu'ils étaient au volant de leur voiture. Qu'ils ne seront remis en liberté que sur promesse de leur tutrice qu'ils ne recommenceront pas.
- Lorsque la femme saoudienne portera des vêtements blancs, confortables alors que l'homme saoudien sera astreint à porter une écharpe noire, des gants noirs et un vêtement noir et à marcher sous un soleil brûlant qui fait fondre le métal. Il sera suivi de près par des femmes athlétiques et sauvages qui surveilleront ses mouvements au nom de la défense de la vertu et de la lutte contre le vice. Ainsi, l'homme saura qu'il n'a que deux endroits dans sa vie : la maison et le tombeau.
- Lorsque les femmes auront main-mise sur tous les rayons des centres commerciaux. Même les boutiques de dessous masculins seront tenues par des femmes. Elles proposeront leurs marchandises aux hommes avec effronterie et impudence.
- Lorsque la femme touchera le double de la part de l'homme sur l'héritage de son père, même si elle est riche et possède des biens immenses, en comparaison avec son frère réduit à une pauvreté extrême.
- Lorsque la femme saoudienne aura le droit de
répudier, de le chasser de sa maison, de le priver de ses enfants et de ramener
un mari plus jeune à sa place.
- Lorsqu'une religieuse saoudienne utilisera les
colonnes de tous les journaux gouvernementaux pour autoriser à battre l'homme
et à le gifler pour obtenir sa soumission et que la majorité des femmes la
soutiendra.
- Lorsque 96% des cas de violence seront imputés à
des femmes contre des hommes.
- Lorsque l'honneur s'incarnera dans le corps de
l'homme et que celui-ci sera sujet à la violence et au meurtre si son corps est
touché par une femme.
- Lorsque les femmes saoudiennes se seront
emparées de toutes les tribunes religieuses, qu'elles les utiliseront pour
écraser l'homme et resserrer l'étau autour de lui en exigeant, au nom de la
religion, qu'il soit privé de ses droits fondamentaux et de ses libertés
individuelles.
- Lorsque se répandra dans la société saoudienne, par le biais du système éducatif et des médias, la culture réduisant l'homme à un être inférieur, ayant peu de cervelle et encore moins de religion. Une vision décrétant que la nation qui confie ses destinées à un homme ne doit espérer aucun bienfait.
Ce sont là quelques-unes des conditions posées par Wajiha Al-Howeidar, avec cette précision que les torts causés à l'homme par ses suggestions sont purement virtuels alors que ceux subis par la femme sont, eux, bien réels. Alors, au lieu d'imposer à l'homme ces épreuves dégradantes pour lui, pourquoi ne pas cesser simplement de les imposer aux femmes ? C'est ce que souhaite, en tout cas, l'écrivaine. Un souhait ? Plutôt un vœu pieux, et on sait ce que deviennent les vœux pieux au pays de la piété totale, ou devrais-je dire totalitaire.
Source: Les nouvelles conditions de Wajiha, Kiosque Arabe, Le Soir d'Algérie, 25 mai 2009

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