Christopher Caldwell commente dans le magazine Slate le livre Going to Extremes par Cass Sunstein, professeur de droit constitutionnel à l'université Harvard. Caldwell est un journaliste américain dont les chroniques sont publiées dans le Financial Times et le New York Times. Il est l’auteur de Reflections on the Revolution in Europe : Immigration, Islam and the West.
Dans son livre, Sustein se penche sur la nature de l'extrémisme et ses racines. Il constate que le fait de réunir des gens pour qu’ils délibèrent ne les mène pas nécessairement à un compromis ou à converger vers l’opinion médiane. Ils auraient plutôt tendance à se radicaliser dans le sens de tout parti pris qu’ils pouvaient avoir au départ. Il suggère de diluer davantage les groupements humains, et de cesser d'exalter la délibération.
Dans son commentaire, Caldwell observe que la théorie de Sustein n'apporte aucune contribution à la lutte contre l'extrémisme malfaisant. Il souligne les points suivants:
- Sustein confirme que les campagnes publiques bien-pensantes et le « dialogue » sont une perte de temps. Les gens ont une préférence naturelle pour ceux qui leur ressemblent et qui partagent leurs valeurs. Les personnes dont les valeurs sont sincères et profondément ancrées éviteront l’entourage de celles qui ne les partagent pas.
- l’extrémisme, que Sustein voudrait contrer, n’est pas en soi une mauvaise chose. Les arguments de Sustein pourraient tout aussi bien servir à contrer l’extrémisme désirable, par exemple celui d’une Mère Thérésa, d’un Martin Luther King ou, pour citer des exemples non mentionnés par Caldwell, d’un Gandhi ou d'un Dalaï Lama.
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Voici une traduction d’extraits de la chronique de Caldwell : How on Earth Do You Tame Extremists ? Cass Sustein tackes an impossible task, Slate, 15 juin 2009:
Tant que le lecteur suppose que l'extrémisme est un problème en soi, on pourrait penser que la solution consiste à renforcer la diversité de façon à ce qu’elle ne se dissolve pas au contact des esprits obstinés. À titre d’exemple, c’est ce que suggère Sunstein pour le terrorisme. «Si une nation cherche à prévenir les activités terroristes », écrit-il, «une bonne stratégie consiste à empêcher l’établissement d’enclaves formées de personnes partageant les mêmes idées. » Mais que se passe-t-il lorsqu’une enclave n’est pas constituée de terroristes ? Que faire s’il s’agit d'un syndicat ? d’un club pour hommes ? d’un département d'études féminines ? de militants des droits civiques ? de croyants ordinaires ? Aime ton prochain comme toi-même et We shall overcome répondent aussi à la description de l’extrémisme. Il s’agit là aussi de visions partielles du monde qui ont tendance à s’auto-renforcer.
Sunstein est déchiré. L'idée centrale de cet ouvrage est que la
délibération, loin d’unir les gens, peut les mener à l’extrémisme. Les
campagnes bien-pensantes d’information du public et le « dialogue » risquent
donc de faire plus de mal que de bien. Les arguments de Sunstein minent les
idéaux de la démocratie délibérante, mais il refuse de l'admettre. « Mon livre se borne à suggérer que nous devons simplement faire mention de l’idée de délibération, plutôt
que d'en faire l’apologie » écrit-il, sur un ton défensif.
Que signifie « faire mention de l'idée de délibération» ? Cela ne peut signifier autre chose qu’un raisonnement à rebours. Pour des raisons éthiques, on ne serait plus à la recherche des résultats désirables, mais des balises désirables dans les débats. Pour Sunstein, les mauvais extrémistes ont une « épistémologie déficiente » : ils en connaissent moins qu’ils ne le pensent, et ce qu’ils connaissent est biaisé. Mais en réalité, on peut dire la même chose de Martin Luther King et de Mère Theresa. Ce n'est pas l'épistémologie qui les sépare, par exemple, des bouchers du Rwanda. C’est l'éthique. Au plan conceptuel, il s'avère que l’«extrémisme » n’explique pas grand chose. C'est un petit ruisseau qui coule vers un vaste océan de bien et de mal. La seule façon de contrer le genre d'extrémisme que vous n'aimez pas, que vous soyez à la tête d'un conseil scolaire ou d'un État, consiste à dire : « Nous croyons en ceci et nous ne croyons pas en cela », en espérant que vous serez suffisamment nombreux pour prévaloir – probablement, hélas, au moyen de tactiques qui sont moins délibératives que vous ne l’auriez souhaité.

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