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Studia Arabica, janvier 2009 : Un jihad virtuel qui appelle à l’islamisation des sociétés, par Amil Grami
Plutôt que de recourir au jihad violent (combat), les partisans de l’islamisation des sociétés contemporains (jihad
à travers le mot) se concentrent sur des moyens pacifiques pour
retrouver la pureté de l’islam et instaurer des changements
fondamentaux dans la société. Leurs objectifs ne sont pas moins
radicaux que ceux des jihadistes violents, mais
leurs moyens diffèrent. L’activisme politique pacifique, fondé sur des
principes religieux, est une autre stratégie destinée à rétablir le
pouvoir déclinant de la oumma. Il est clair que
ces différentes voix sont désireuses de se démarquer de l’image de
l’islam extrémiste associée au terrorisme mondial.
Notons que les sites et les chaînes satellitaires se sont multipliés ces dernières années. Ils offrent des fatwas (consultations juridiques en ligne), des bases de données d’avis d’experts ou d’autorités religieuses, des forums de discussions sur plusieurs questions concernant le statut de la femme, les rapports entre les sexes, les rituels, les devoirs du musulman envers la oumma, la relation des musulmans avec les non musulmans etc.
Que ce soit dans le monde majoritaire sunnite, au sein du monde musulman ou non, ou encore dans des milieux plus minoritaires, chiites ou soufis, on observe partout les effets, d’une réorganisation en profondeur, au sein des acteurs propres au champ religieux comme dans le domaine des relations qu’entretiennent les fidèles avec l’autorité, et ceux qui sont supposés l’incarner. Les pratiques du cyber-activism et les multiples formes du rapport à l’autorité qui se développent sur le Réseau et les chaînes indiquent que le processus du savoir, y compris dans la sphère du religieux, est à présent entré dans une phase nouvelle, en partie façonnée par la « matérialité » du support numérique.
Il est intéressant d’étudier le contenu des programmes diffusés sur les chaînes satellitaires et les sites web tel que les cartoons, les productions musicales à destination de la jeunesse, les thérapies personnelles « islamisées », les stratégies vestimentaires allant du foulard au street wear islamique, et bien d’autres formes d’une « culture musulmane » globalisée. Ainsi, nous assistons à la montée d’une islamisation qui, semble-t-il, a pris la place dans certains pays tels que la Tunisie, de l’islamisme. Les leaders de ce mouvement affirment que leur discours délaisse le champ du politique pour se tourner davantage vers celui de l’éthique. Ce « nouvel islam » « new age », qui a pour but la constitution de sociétés civiles vertueuses et actives semble promis à un bel avenir.
Alors que l’islamisme « traditionnel » prône encore la prise de contrôle des appareils étatiques, « le nouvel islam » vante le rôle d’une sorte de faith based initiative où l’initiative publique doit être déléguée aux opérateurs religieux. Les figures le plus importantes de ce type de jihad virtuel sont les jeunes prédicateurs, Amr Khaled et Mohamed Ahmed al-Rashed (en Egypte), Aa Gyn en Indonésie, Fethullah Gülen en Turquie, et bien d’autres prédicateurs qui prônent une « théologie de la prospérité ». Il faut dire que le jihad idéologique est triomphant alors que le jihad spirituel ne trouve pas encore une large audience.
Si le mouvement jihad virtuel radical est limité dans la pratique à certaines élites et catégories sociales maîtrisant l’outil informatique, les programmes de da’wa diffusés sur les chaînes satellitaires auxquels vont contribuer plusieurs penseurs ont un important écho dans la société et sont bien plus importants car ils touchent des couches sociales et des catégories d’âges beaucoup plus vastes, en particulier en milieu urbain. Les chercheurs en sciences de Média affirment que les femmes sont d’excellentes consommatrices de ces programmes.
Toutefois nous constatons que certaines femmes ne se contentent pas de ce rôle passif, elles veulent assumer leur responsabilité et propager le message jihadiste.
Source: Amel Grami, Maître de conférences à l’Université de Manouba, Tunis, in Islam et Occident rencontre et conflits, Studia Arabica IX, Editions de Paris, 2008 (en librairie en Janvier 2009)

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