C'est la conclusion à laquelle en arrive Charles-Philippe Courtois, docteur en histoire et chercheur associé à l'Institut de recherche sur le Québec (IRQ), dans son étude sur le nouveau programme d'histoire du Québec au secondaire : Le nouveau cours d'histoire du Québec au secondaire : l'école québécoise au service du multiculturalisme canadien ? (le texte est disponible sur le site de l’IRQ).
Ce programme s’inscrit dans la foulée du rapport de la commission
Bouchard-Taylor dont l’objectif est de fabriquer un peuple nouveau. Il reflète cette perspective morbide voulant que la civilisation occidentale soit marquée par une identité pathologique et que son histoire ne serait qu'une suite d'horreurs. Son identité ne mérite donc pas de survivre, ni son histoire d'être transmise. Il faut reconstruire le tout dans une perspective multiculturaliste (exaltation de l'Autre et déni de soi), et effacer la mémoire nationale. L'école est le laboratoire où nos ingénieurs sociaux expérimentent la mise en œuvre de leur Utopie progressiste, notamment à travers le cours d'histoire du Québec et le cours d'éhique et culture religieuse.
Courtois a présenté son étude lors d’une table-ronde de l’IRQ le 4 juin à Montréal sur le thème : l'école au service du multiculturalisme. Ci-dessous, le résumé et la conclusion de l’étude. Mais d’abord, des extraits de la présentation de Mathieu Bock-Côté lors de la table-ronde :
Pourquoi poser la question de l’école et du multiculturalisme ? Parce que la première est devenue le laboratoire du second, en bonne partie, et que cette question est symptomatique plus que les autres du retournement des institutions publiques et de l’État québécois contre l’identité nationale. On devine donc le constat : pour parachever l’implantation du multiculturalisme au Québec, il faudrait transformer définitivement l’identité québécoise. C’était la conclusion de la commission Bouchard-Taylor qui reconnaissait qu’à défaut de convaincre le peuple, il fallait en fabriquer un nouveau. (…)
Bouchard et Taylor en étaient bien conscients en proposant de mener à son terme la réécriture de l’histoire nationale, qu’il fallait présenter de manière véritablement inclusive, ce qui consistait à dire qu’auparavant elle ne l’était pas. Comme l’a magistralement démontré Charles Courtois, un nouvel enseignement de l’histoire permettrait de reconstruire la conscience nationale et d’en évacuer la dimension majoritaire, pour n’apercevoir dans le passé collectif que discrimination et intolérance, ce qui devrait nous conduire à la découverte du pluralisme identitaire et des chartes qui en assurent la protection et la mise en forme.
Dans l’histoire politique occidentale, l’État est l’expression politique d’une expérience historique, celle d’une nation qui trouve ainsi à se constituer en fondant dans la durée son existence collective. L’État n’est pas en droit de se retourner contre la société et d’en reconstruire l’identité nationale, comme si l’expérience historique de cette société était pathologique et réclamait le zèle idéologique des technocrates de l’État thérapeute se croyant dépositaires de la raison historique pour la féconder d’une utopie transformatrice. L’État est là pour assurer la préservation de l’identité nationale et certainement pas pour la déconstruire.
Le nouveau cours d'histoire du Québec au secondaire : l'école québécoise au service du multiculturalisme canadien ? par Charles-Philippe Courtois, Institut de recherche sur le Québec:Résumé
Le rapport Lacoursière, avait, en 1996, prescrit une augmentation du nombre de cours d’histoire obligatoires à l’obtention d’un diplôme d’études secondaires, lesquels sont passés de deux à quatre. Le nouveau cours d’histoire nationale du Québec, préparé en 2006, devait répondre à l’obligation de traiter cette matière en deux ans au lieu d’une seule. Seulement, ce programme devait à présent s’inscrire dans le renouveau pédagogique.
Une fuite dans Le Devoir en avril 2006 révéla la nature « post-nationaliste » de ce programme désormais rebaptisé « Histoire et éducation à la citoyenneté » – beau paradoxe que celui d’éduquer à la citoyenneté et à la démocratie en faisant abstraction du peuple au cœur de cette histoire et de ce régime. Le tollé fut tel que le ministère de l’Éducation s’engagea à apporter des modifications au contenu du programme, réintégrant notamment de grands événements liés à la question nationale, modifiant quelques titres de modules.
Le nouveau programme, avec ces ajustements, est enfin paru en 2007. Mais au-delà de quelques modifications apportées en réaction au scandale suscité, comment jauger ce nouveau programme, celui par lequel les enfants québécois apprendront leurs rudiments d’histoire du Québec et du Canada ? Les modifications apportées l’ont-il dégagé de son orientation post-nationaliste, voire multiculturaliste à la canadienne ?
À la lumière d’une étude exhaustive
du programme Histoire et éducation à la citoyenneté et du Programme de formation de l’école québécoise
dans lequel il s’inscrit en fonction de la logique des compétences, il
est patent que ce programme transmet encore une vision intégralement
dénationalisée, et ce, à un degré qui en étonnera plusieurs. De fait,
la mention, sans plus, de quelques dates, et la modification des titres
de certains modules n’ont en rien rectifié l’économie générale du
programme. Ce programme occulte entièrement le sujet national, autant
dans les moments d’affirmation que dans les moments difficiles. Ainsi,
le rapport Durham est « oublié » comme tout un pan de la Révolution
tranquille, soit l’affirmation nationale de cette époque. Ce constat
est renforcé par la comparaison avec l’ancien programme.
La vision amnésique de notre histoire proposée dans le nouveau programme est modelée de façon extrêmement compatible, en pratique, avec une identification au multiculturalisme canadien plutôt qu’au creuset québécois. Le Québec n’est plus une nation membre de la confédération canadienne mais un agrégat d’identités éclatées rassemblées dans une fédération canadienne et une province caractérisée par la dualité linguistique. À bien des égards malhonnête, ce nouveau programme mérite d’être vigoureusement dénoncé pour ce qu’il occulte : tout référent national. Cette ablation de la mémoire québécoise apparaît dépourvue de légitimité démocratique.
Conclusion
Le récit national, la question nationale, ainsi que l’identité nationale, sont occultés du cursus autant que faire se peut. La Nouvelle-France n’est plus une époque fondatrice – les origines françaises du Québec sont reléguées à une note ambiguë en bas de page – mais prétexte à réfléchir sur la «dépendance », les inégalités, voire, l’esclavage.
Si la démocratie n’est plus présentée comme nous ayant été « donnée » suite à la Conquête, la description du régime anglais insiste grandement sur une idéologie de «conciliation » plutôt que sur celle des Patriotes, pourtant majoritaires. Au surplus, la Conquête doit être analysée en fonction de la « dualité » qui caractériserait non pas le Canada, mais le Québec lui-même.
Or la section consacrée au régime anglais occulte la notion d’autodétermination et l’élan nationalitaire, bien qu’elle soit censée aborder les concepts de démocratie et de nation. Au vrai, le cours est dénationalisé en empruntant la voie la plus apolitique possible. Aussi, la question nationale et la politique sont-elles évacuées de toute la trame de l’histoire du Québec, si bien que la Révolution tranquille n’y a plus rien de national. « Maîtres chez nous » et « Égalité ou indépendance » ne font pas partie de l’exposé. Non seulement les moments d’affirmation nationale sont-ils occultés, mais aussi, tous les moments difficiles, comme la censure mémorielle du rapport Durham,l'illustre de manière accablante.
L’axe central du nouveau programme d’histoire du Québec est en revanche le multiculturalisme. Le multiculturalisme fait même l’objet d’une véritable catéchèse : cœur des représentations dans chacun des modules, son appréciation fait partie d’une compétence sur trois dans cette matière (« vivre-ensemble »), et se retrouve parmi celles des autres disciplines « d’univers social », ainsi qu’au coeur d’un cours obligatoire tout au long du cursus scolaire, « Éthique et culture religieuse », sans oublier qu’il fait partie des axes cardinaux de l’école vers lesquels les apprentissages d é c l o i s o n n é s doivent toujours revenir. Tout, dans les modules chronologiques comme thématiques liés au peuplement ou à des époques charnières, occulte la nation et met de l’avant une société multiculturelle centrée sur des identités individuelles et ethniques particulières; identités qui ne sont jamais ramenées à un quelconque creuset québécois ni même à une identité québécoise commune de convergence, contrairement à ce que faisait l’ancien programme, et contrairement à la logique de nos politiques officielles, depuis la Charte de la langue française jusqu’au contrat moral en immigration, en passant par l’interculturalisme.
Le volet « éducation à la citoyenneté » du programme ne fait qu’abonder dans le même sens. La citoyenneté n’est pas la participation à une communauté politique nationale qui élit ses représentants à l’Assemblée nationale et à la Chambre des Communes – elle est scolaire et planétaire, et peut être municipale. La conception de la démocratie dans ce nouveau programme est, à ce titre, parfaitement absurde – mais en phase avec un certain cosmopolitisme à la mode.
D’ailleurs, la place accordée au Canada, et les tableaux du régime anglais et de la fédération canadienne – qui occultent le plus possible une perspective québécoise sur ces changements politiques –, ne peuvent qu’aller dans le sens d’une « canadianisation » de notre enseignement. Dénationalisation ici, ne peut que rimer avec canadianisation, dans un sens unitaire et trudeauiste.
Ce n’est plus la perspective de la nation québécoise dans la Confédération et dans son contexte international qui est de rigueur, comme c’était le cas dans l’ancien programme, de façon claire et probante. Non, c’est une vision particulariste, celle des identités sociales et ethniques particulières, et canadienne et cosmopolite à la fois. Voilà qui cadre à merveille avec la politique officielle canadienne du multiculturalisme, instituée par une Constitution à laquelle le Québec n’adhère toujours pas, faut-il le rappeler. Non seulement la perspective québécoise est-elle abolie, et donc l’idée d’une intégration à la nation québécoise, mais bien entendu, c’est surtout la perspective majoritaire sur le Québec comme État défini d’abord par son caractère français qui est radicalement abolie.
Ainsi, la Conquête doit amener les élèves à réfléchir non pas au destin de la nation, non, pas du tout, mais à la dualité des institutions québécoises, nous l’avons souligné, et par là aux débuts de la diversité au Québec... Plutôt que de le présenter comme français et multiethnique, on veut favoriser une conception bilingue et multiculturelle du Québec. Partant, même les grandes heures de l’affirmation du français sont occultées, depuis Lafontaine jusqu’à la Charte de la langue française, qui n’est pas présentée comme une loi fondamentale mais une mesure très controversée.
The Gazette et Stéphane Dion eux-mêmes en font l’éloge en 2007, parlant même de « grande loi canadienne », on serait en droit de s’attendre à un autre traitement dans nos programmes scolaires. Le récit national et la mémoire nationale sont totalement absents du programme et il n’y est pas question d’intégrer la diversité ethnique, celle des nouveaux enfants de la nation québécoise, par le partage de cette mémoire nationale. Le présentisme qui affecte le programme, dont la philosophie anti-humaniste est radicale, ne fera que renforcer ce refus de « l’héritage que l’on a reçu indivis ». Il s’agit en fait de faire le contraire : transformer la mémoire nationale en mémoire multiculturelle, c’est-à-dire intégrer le Québec au multiculturalisme plutôt que d’intégrer les enfants québécois de toutes origines à la communauté politique et culturelle nationale québécoise.
Or, il importe de le répéter, ce refus de transmettre la mémoire nationale et d’intégrer les enfants de toutes origines à la nation, justement par le biais de cette instruction historique partagée, ne correspond nullement à une volonté du peuple québécois, ni à la logique de ses lois fondamentales, ni à la logique de sa politique d’immigration, mais bien à l’idéologie d’une minorité de bien-pensants dans les officines du Ministère et parmi les conseillers choisis par eux. Leur travail pédagogique est, à n’en point douter, un travail de sape en règle de l’identité et de la mémoire québécoises, dépourvu de toute légitimité démocratique et qu’il importe de dénoncer vigoureusement. Voire, dans la situation actuelle, il serait plus heureux de revenir à l’ancien programme que d’implanter celui-ci, dans l’attente de la production d’un nouveau programme d’histoire répondant de manière adéquate aux attentes légitimes des Québécois.



Hélios d’Alexandrie nous présente le père Botros et son travail de déconstruction de l'islam, la doctrine qui fait de ses compatriotes musulmans des persécuteurs des chrétiens d'Égypte. Son émission de télévision est suivie par des millions de musulmans et sa tête a été mise à prix.

J'étais curieux de savoir si le nouveau programme est aussi révisionniste que le disent les nationalistes. Les fédéralistes, de leur côté, disent que le nouveau cours est très correct, et que les nationalistes sont mécontents car ils voudraient que le cours d'histoire ressemble au manifeste du FLQ ou à des films de Pierre Falardeau.
J'ai donc mis la main sur les deux manuels d'histoire de secondaire 4 et je suis passé au travers. J'ai constaté que ce qui est présent dans les manuels est assez neutre et factuel (même si j'apporterais volontiers quelques corrections). Par contre, ce qui frappe, c'est CE QUI N'EST PAS LÀ : les rébellions des Patriotes et des Métis ont chacune droit à quelques petits paragraphes timides, la Guerre de Sept ans, elle, n'a droit qu'à UNE SEULE PAGE SUR LES QUELQUE 975 PAGES DES MANUELS ! Pire, cette page se trouve en annexe (l'annexe est exactement la même dans les deux manuels donc je ne l'ai compté qu'une fois).
Effectivement le thème du « polyculturalisme » (tel qu'utilisé dans les manuels) est omniprésent.
Une autre chose que je trouve étrange est que tout au long des manuels, l'histoire du Québec/Canada est entrecoupé par ce qu'on pourrait appeler des « articles wikipédia » sur une panoplie de pays du monde qui n'ont rien à voir avec le nôtre. C'est vraiment impertinent et mélangeant. De plus, l'information de ces « articles wikipédia » est plutôt discutable : dans l'article sur la Turquie, j'ai appris que les Turcs sont des Occidentaux, qu'Atatürk est un héros... mais malheureusement je n'ai absolument rien appris sur les génocides arméniens, assyriens et grecs.
Les anciens cours d'histoire étaient objectifs et corrects au niveau national. Leur seule lacune était qu'il n'y en avait pas assez.
Rédigé par : Durandal | 02/08/2009 à 18:47
Ce que vous ne semblez pas comprendre, c’est que les immigrants ne sont pas du tout intéressés par l’histoire du Québec. Ils s’en foutent royalement...Ils sont venus ici pour avoir la paix et du travail. C’est tout. Ils seraient plus urgents, d’après moi, d’apprendre à vos enfants à parler et écrire convenablement le Français, ce qu’ils ne font pas.
Rédigé par : zarmagh | 28/08/2009 à 10:16
Zarmagh,
Je comprends alors que ces immigrants sont des bornés. Celui qui adopte la citoyenneté d’un pays devrait s’intéresser à son histoire pour comprendre la société dans laquelle il a choisi de s’installer et d’élever ses enfants. Sinon, ce n'est pas un pays qu'il choisit, mais un hôtel.
C’est vrai que l’apprentissage du français devrait être amélioré, mais ça n’empêche pas qu’on doive aussi enseigner l’histoire réelle plutôt qu’une version trafiquée au service d’une idéologie politique.
Quant aux immigrants qui parlent un bon français et qui viennent ici pour avoir la paix et du travail, on ne peut que constater que leur maîtrise de la langue française ne les a pas empêchés de foutre le bordel dans leur pays d’origine, au point où ils doivent maintenant s’expatrier.
Il y a deux langues : le bon français et la langue de la liberté. Celle-là, les Québécois la connaissent à fond et bien mieux que plusieurs immigrants bardés de diplômes qui parlent la langue de la charia dans un excellent français.
Rédigé par : Poste de veille | 29/08/2009 à 07:41
Bravo poste de veille pour ta réponse!
carcajou
Rédigé par : carcajou | 29/08/2009 à 13:32