Photo (NP) : De gauche à droite: Mohammed Shafii, Hamid Mohammed Shafii et Tooba Mohammad Yahya. Les trois sont inculpés pour meurtre au premier degré et complot pour meurtre
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Comment guérir le «cancer» des crimes d'honneur, par Tarek Fatah
Au lieu d'exprimer leur indignation face à ces meurtres, deux musulmans qui ont appelé à mon émission de radio CFRB à Toronto m’ont fustigé pour avoir soulevé le sujet et ont suggéré que j’avais un agenda caché. « Cela n'a rien à voir avec l'islam», a dit un interlocuteur, bien que jusque-là, personne n’avait même prononcé le mot « islam » à l’émission, et encore moins accusé cette religion d’autoriser les crimes d’honneur.
Ces interlocuteurs ne sont pas les seuls. Le directeur de la succursale canadienne de la Islamic Society of North America (ISNA) a dit à la CBC plus ou moins la même chose – que cette histoire n’avait rien à voir avec l'islam, qui apparemment ne permet pas les crimes d'honneur.
Ils ont à la fois raison et tort. Il est vrai que le livre saint de l'islam, le coran, n’autorise pas les crimes d'honneur. Mais c’est faire preuve de malhonnêteté intellectuelle que de nier le fait que de nombreux crimes d'honneur sont perpétrés par des pères, des fils et des frères musulmans, et que de nombreuses victimes sont des musulmanes. Au pire, c'est une tentative d’empêcher tout débat.
Lorsque Aqsa Pervez, une adolescente de Mississauga en Ontario, a été assassinée, tout le monde, des mollahs jusqu’aux soi-disant féministes musulmanes, a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’un crime d'honneur, malgré les informations voulant qu'elle s’était brouillée avec sa famille parce qu’elle socialisait avec des non-musulmans et ne portait pas le hijab. Des critiques ont ensuite accusé ceux qui parlaient du meurtre dans ces termes d'être des bigots anti-musulmans. Foutaise.
Comme je l'ai dit, il est vrai que le coran n'autorise pas ces meurtres, mais la charia, une loi écrite par des hommes et à laquelle on a faussement attribué un statut divin, permet de tuer une femme qui a eu des relations sexuelles consensuelles en dehors du mariage. C'est d'ailleurs pour cette raison que tant de musulmans progressistes et libéraux se sont opposés à l'introduction de la charia au Canada.
Il est indéniable que dans son expression contemporaine, l'islam est obsédé par la sexualité des femmes, perçue comme un problème fondamental. Le hijab, le niqab, la burqa et la polygamie sont autant de manifestations de cette phobie.
Les mollahs et le leadership des mosquées peuvent toujours nier toute responsabilité dans le fait que les musulmanes sont traitées comme des citoyennes de second rang dans la communauté, mais la place qu'ils leur réservent dans la maison de Dieu, la mosquée, révèle leurs véritables convictions. Aucune mosquée, sauf une à Toronto, n’est prête à laisser les femmes s’asseoir dans la première rangée. Elles sont envoyées à l'arrière, ou derrière des rideaux, ou reléguées aux sous-sols et aux balcons, car elles sont considérés non pas comme nos mères, nos sœurs ou nos filles, mais comme des allumeuses qui pourraient enflammer le désir des hommes.
Les crimes d'honneur sont commis parce que certains musulmans ont été convaincus par leurs mollahs que l'honneur de leur famille et leur foi reposent sur la virginité de leurs filles et de leurs sœurs. La plupart des mollahs reconnaissent qu’en vertu de la charia, une femme qui a eu des relations sexuelles consensuelles avec un homme en dehors du mariage mérite d'être fouettée en public ou lapidée à mort par un État islamique ou un tribunal islamique. Ces islamistes ne réalisent-ils pas que certains hommes peuvent voir cette interprétation comme une autorisation de se faire justice ?
Le cancer des crimes d’honneur, qui tue plus de 5.000 femmes rien qu’en Asie du sud et au Moyen Orient, ne pourra être traité tant que les religieux musulmans et les imams ne rejetteront pas définitivement leur conception de la femme comme une possession de l’homme.
La mentalité sous-jacente est un problème dans pratiquement toutes les régions du monde. Ainsi, en octobre 2006, un imam australien d'origine libanaise, le plus haut dignitaire religieux du pays, a suscité un tollé quand il a comparé les femmes qui ne sont pas vêtues pudiquement (selon son opinion) à de la « viande à l’air », les accusant d'inciter aux agressions sexuelles. Cheikh Taj al-Din al-Hilali, le soi-disant Mufti d'Australie, a condamné les femmes qui « se déhanchent de manière suggestive », se maquillent et ne portent pas le hijab.
Jusqu'en 2007, seuls des hommes avaient traduit le coran et l'interprétaient. Pour les islamistes, l’idée même qu’une femme traduise le livre saint est offensante. Prenons, à titre d'exemple, la réaction à la toute première traduction par une femme - Laleh Bakhtiar The Sublime Quran - il y a deux ans.
Mohammad Ashraf, de la succursale canadienne de la Islamic Society of North America (ISNA) – celui qui a dit cette semaine à la CBC que l’islam n'autorisait pas le crime d’honneur – a dit au Toronto Star qu'il ne permettrait pas que The Sublime Quran soit vendu dans les librairies d'ISNA. « Notre librairie ne permettrait pas ce type de traduction», a-t-il dit. « Je vais envisager de l'interdire ... Cette traduction favorable aux femmes ne sera pas conforme et elle n'ira pas loin».
Qu'est-ce que Laleh Bakhtiar a bien pu faire pour mériter que sa traduction du coran soit interdite des librairies islamiques d’ISNA ? Elle est coupable, aux yeux des islamistes, de croire que le coran n’autorise pas la violence conjugale, contrairement à ce que les islamistes prétendent.
Si la traduction du coran par une femme est interdite dans une librairie islamique, que trouve-t'on à ces endroits ? Dans une librairie de Toronto, le titre d'un livre de poche criard attirait l’attention: Women Who Deserve to Go to Hell (Les femmes qui méritent d’aller en enfer). Ce livre, qui est aussi largement disponible dans les bibliothèques et les mosquées britanniques, énumère les types de femmes qui se mériteront la damnation éternelle. Cette liste comprend :
- « La grincheuse ... la femme qui se plaint de son mari de temps en temps va en Enfer »
- « La femme qui se pare »
- « La femme qui singe les hommes, se tatoue, porte les cheveux courts ou altère la nature ».
Tant que les leaders du clergé musulman ne prendront pas des mesures pour mettre fin à l'apartheid sexuel et à la misogynie, ils ne seront pas pris au sérieux quand ils disent que l’islam n’autorise pas les « crimes d’honneur ». Ils ne peuvent pas proclamer que la femme est la source du péché et mérite la mort pour des relations sexuelles consensuelles, et prétendre ensuite que les hommes qui mettent à exécution la peine de mort contreviennent à la loi islamique.
Source : How to cure the honour killings ‘cancer’, par Tarek Fatah, National Post, le 24 juillet 2009

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