Mark Dubowitz et Roberta Bonazzi signent dans le Wall Street Journal un article commentant la récente décision de l'Australie d'autoriser Al-Manar, la chaîne du Hezbollah, à diffuser sa programmation à travers le pays. Ils soulignent les dangers de cette décision, qui pourrait avoir des répercussions mondiales, dans un pays qui a une plus grande proportion de jeunes musulmans à risque de se tourner vers l'islamisme radical que toute autre nation, selon une étude du gouvernement datant de 2007.
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La télé terroriste en Australie, par Mark Dubowitz et Roberta Bonazzi
Canberra ne devrait pas ouvrir sa porte à la chaîne par satellite du Hezbollah
La protection de la liberté d’expression s’étend possiblement au contenu haineux des messages de ces médias mais elle ne devrait pas s’étendre au rôle qu’ils jouent comme arme opérationnelle. Des groupes radicaux comme le Hezbollah, Al-Qaïda, le Hamas, les Talibans, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et d'autres utilisent les médias dans le monde entier pour planifier des attaques, recruter et former des djihadistes, recueillir des fonds, intimider et inciter à la violence.
Le Hezbollah a créé Al-Manar en 1991 comme instrument d’incitation à la haine et à la violence et pour recruter des enfants et des adultes comme terroristes. Selon un responsable d'Al-Manar interviewé par Avi Jorisch, expert sur Al-Manar, la programmation de la chaîne est destinée «à aider les personnes qui sont en voie d'exécuter ce que vous appelez en Occident une mission suicide. » Al-Manar rejoint un auditoire estimé entre 10 et 15 millions de personnes par jour. Avant que des mesures internationales ne soient prises contre elle, la chaîne bénéficiait d'une couverture mondiale grâce à un réseau de 13 distributeurs par satellite et au soutien d’annonceurs occidentaux.
Il est donc étonnant que le gouvernement australien ait décidé d'annuler deux décisions gouvernementales antérieures ayant interdit Al-Manar. Selon son communiqué de presse, l'Autorité australienne des communications et des médias (ACMA) a pris sa décision après seulement une semaine de surveillance des émissions diffusées par Al-Manar en Indonésie. Tant pis pour les liens opérationnels approfondis entre Al-Manar et le Hezbollah : ACMA a dit qu'elle n'avait décelé aucune violation de la «Norme contre le terrorisme» inscrite dans une loi de 2006 sur la radiodiffusion, car « aucun contenu... ne peut raisonnablement être interprété comme visant directement le recrutement d'adhérents au Hezbollah ou de participants à ses activités, ou la sollicitation de fonds … pour le Hezbollah. » Cette décision rend beaucoup plus difficile de persuader l'Indonésie d’empêcher son fournisseur de télévision par satellite, Indosat, de diffuser la chaîne du Hezbollah dans les foyers australiens. Il pourrait en être de même à l'égard des fournisseurs australiens.
En Europe, l'Union européenne s’est concentrée sur l’incitation à la violence et l’antisémitisme de sa programmation. En 2005, sur la base des contenus de la chaîne, les autorités européennes ont déterminé qu’Al-Manar avait enfreint le droit européen. Quatre opérateurs de satellites européens et cinq autres basés en Australie, à Hong Kong, en Thaïlande, à la Barbade et au Brésil ont mis fin à leurs transmissions. À la fin de 2008, deux dirigeants d'un opérateur basé aux États-Unis qui avaient refusé des demandes privées de cesser la diffusion de la chaîne ont plaidé coupable à des accusations d’avoir fourni un soutien matériel à une organisation terroriste. Ils purgent actuellement des peines de prison.
De même, le gouvernement allemand a interdit Al-Manar en 2008 après avoir reconnu la menace que faisait peser la chaîne sur la sécurité allemande et son rôle dans la radicalisation des jeunes musulmans allemands. Et quand elles ont été informées qu’elles faisaient de la publicité sur une chaîne terroriste, des multinationales parmi les plus connues dans le monde ont discontinué près de quatre millions de dollars en publicité annuelle, selon une enquête menée par la Fondation pour la défense des démocraties. De 2003 à 2008, 10 satellites mondiaux ont cessé de transmettre Al-Manar après avoir pris conscience de son contenu, de sa propriété et de ses liens opérationnels avec le Hezbollah.
La décision d’ACMA pourrait avoir des conséquences graves pour l'Australie, qui a une plus grande proportion de jeunes musulmans à risque de se tourner vers l'islamisme radical que toute autre nation, selon une étude du gouvernement datant de 2007. Reuters a rapporté en 2007 que seulement à Sydney, entre 2.000 et 3.000 jeunes avaient déjà été ciblés par des enseignants islamiques radicaux, certains étant à risque de faire le saut vers le militantisme.
L’Australie et l'Indonésie ont des raisons supplémentaires de mettre fin à la diffusion d’Al-Manar: ces dernières semaines, l'Indonésie a tenté d’arrêter Noordin Top, qui a commis un certain nombre d'attaques terroristes meurtrières dont les attentats de Bali en 2002 et 2005 qui ont fait un total de 222 morts, y compris 92 Australiens. Indosat, ainsi que Arabsat, propriété de l’Arabie saoudite, et Nilesat, propriété de l’Égypte, continuent de diffuser Al-Manar en Asie, en Europe et au Moyen-Orient.
Al-Manar ne devrait pas opérer en toute impunité. Des discours de haine et d'incitation à la violence ont été poursuivis comme crimes de guerre, d'abord au procès de Nuremberg contre le régime nazi et, en 2003, au tribunal des Nations Unies pour le Rwanda contre trois responsables de médias rwandais qui avaient utilisé la radio rwandaise Mille Collines pour appeler à l'extermination des Tutsis. En réponse à la condamnation par le tribunal de l'ONU, Reed Brody, conseiller juridique de Human Rights Watch, a déclaré que «si vous attisez les flammes, vous aurez à faire face aux conséquences. »
En fournissant un appui opérationnel à des attaques terroristes, Al-Manar fait plus qu’attiser les flammes. Il fournit l’allumette, l'essence et le pyromane. L'Australie devrait suivre l'exemple des États-Unis et de l’Europe et rendre la chaîne terroriste imputable du soutien bien établi qu’elle fournit aux objectifs opérationnels du Hezbollah.
Source : Australia's Terror TV, Wall Street Journal, 24 août 2009

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