Dans Lux et Veritas (Lumière et Vérité), titre emprunté à la devise de l'Université Yale qui a récemment fait bloquer la publication des caricatures de Mahomet dans un ouvrage portant sur lesdites caricatures, Mark Steyn écrit que la crise des caricatures a fait plus de mal à la "culture de liberté" de l'Amérique que les attaques du 11 septembre. L'auto-censure est un sabotage progressif du Premier amendement sur la liberté d'expression, socle de la démocratie.
Aussi publié sur Muslims Against Sharia
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Lux et Veritas, par Mark Steyn
SteynOnline, 8 septembre 2009 : Dès que j'écris sur l'Europe et la démographie, je reçois des tonnes de courriels du genre : «Ah ouais Steyn ? Et quand est-ce que les musulmans formeront 50 % de la population? En 2020 ? En 2030 ? Allez espèce d’alarmiste! Dis-le-nous! »
Et d’habitude, je leur réponds que le problème n’a rien à voir avec le 50 %, mais plutôt avec l’atteinte d'un point où la relation entre la population en général et les musulmans devient une question centrale et ensuite un trait culturel dominant. En Irlande du Nord, les Loyalistes avaient beau être environ deux fois plus nombreux que les Républicains, ça n’a pas empêché l’endroit d’être – présentons les choses gentiment – profondément déstabilisé pendant 30 ans. Et une fois plongé dans une situation comme celle-là, la grande question devient : qu’êtes-vous prêts à sacrifier pour que la stabilité revienne ?
Ezra Levant, mon frère d’armes dans les combats pour la liberté de parole au Canada, s’est fait interroger de force par la Commission des « droits de la personne » de l’Alberta pour avoir publié les célèbres caricatures de Mahomet. Harcelé durant trois années par la maléfique alliance des islamistes radicaux et du régime multiculturel, il en a conclu que la crise des caricatures avait fait plus de mal à la « culture de liberté » nord-américaine que n'en avait fait le 11 septembre. On peut facilement comprendre ce qu’il veut dire. Sur le long terme, une affaire absolument triviale à propos de dessins peu remarquables publiés dans un journal de province d’un pays situé en périphérie de l’horizon peut en dernière instance se révéler plus significative qu'une violente attaque frontale sur les citadelles de la puissance américaine. Le 11 septembre était une provocation sanglante ayant suscité une réponse vigoureuse et résolue : quelques semaines plus tard, les camps d’entraînement d’Al-Qaïda étaient anéantis et leurs protecteurs de Kaboul s’enfuyaient dans les montagnes. La crise des caricatures, elle, était une affaire mineure – quoique meurtrière – ayant fait des vagues dans le monde entier et suscité une réaction lamentablement molle de la part des grands bonzes de la civilisation occidentale, et ce, de l’Union européenne des commissaires jusqu’au très ténébreux régime multiculturel canadien. Avec les années, cette dernière trame semble être devenue la norme.
Néanmoins, malgré les dommages engendrés par les colombes euro-canadiennes, une institution américaine vient, avec une facilité déconcertante, de les surpasser. Ayant commandé un ouvrage au sujet des caricatures, Yale University Press (YUP) a décidé de le faire paraître sans aucune illustration dudit sujet. L’auteur n’était pas un alarmiste radical comme moi ou Ezra, mais bien Jytte Klausen, une professeur respectée de l’Université Brandeis. Dans la mesure où je puis comprendre la thèse de l’ouvrage The Cartoons That Shook The World (Les caricatures qui ont ébranlé le monde entier), la professeur Klausen soutient que la crise fut artificiellement gonflée pour des raisons politique et que, par conséquent, on ne devrait pas en tirer de grandes conclusions à propos de la culture musulmane et de ses relations avec l’Occident.
On pourrait difficilement trouver un commentaire plus significatif sur cette thèse que la décision qu'a prise l’éditeur de retirer non seulement les caricatures, mais aussi les autres représentations de Mahomet comme celle de Gustave Doré montrant le Prophète se faire étriper en enfer. Cette scène de l’Enfer de Dante a également inspiré des artistes comme Botticelli, William Blake, Salvador Dali et Rodin, dont les œuvres ont été reproduites dans des centaines de livres. Sans même l’ombre d’une réflexion, Yale a étendu la prohibition de facto de nouvelles caricatures de Mahomet jusqu’à pulvériser rétrospectivement une portion de la mémoire historique. Un geste étonnant de la part d’une institution de haut savoir dont la devise est Lux et Veritas. En proscrivant Gustave Doré, ils ont décrété que l’héritage occidental pouvait être bradé dans son entièreté. Pas au complet, et pas immédiatement. On tamisera la lux progressivement, une ampoule à la fois. Vous ne le remarquerez même pas quand, après quelque temps, on aura même cessé de signaler ce qui, autrefois, aurait pourtant ébranlé le monde entier.
L’explication officielle ? Les risques de violence. Pas de violence actuelle, non, et pas même, on nous l’a appris, de menaces concrètes. Après avoir gratté un peu, Roger Kimball a découvert que la décision de bannir Doré et les Danois ne provenait pas des éditeurs du YUP mais bien des plus gros bonnets de l’Université. Des experts ont, rien de moins, été engagés par « the Office of the President ». Au final, la décision de brader sa réputation d’intégrité éditoriale et scientifique semble devoir très peu de choses aux vagues craintes que des djihadistes cinglés fassent exploser une librairie universitaire, mais beaucoup à un froid calcul de ses intérêts stratégiques, incluant, comme le suggère M. Kimball, l’accès continu aux ressources de riches bienfaiteurs musulmans.
Yale nous a ainsi offert un parfait aperçu de la direction que nous suivons. Quand j’ai combattu, au nord de la frontière, les tentatives du Congrès islamique canadien de criminaliser mes écrits, plusieurs lecteurs américains m’ont écrit : « Pourquoi s’en faire? Qui se soucie du Canada? On a le Premier amendement, et ici, personne ne peut te censurer. » Mais peu importe les illusions de tous les Ron Paul de ce monde, ce n’est pas comme ça que fonctionne l’univers. Les musulmans européens récalcitrants et l’incommensurable fric saoudien peuvent pratiquement, en faisant pression sur les éditeurs, institutions et médias américains, envoyer le Premier amendement au plancher. Au Danemark et dans d’autres pays, les lâches accommodateurs peuvent au moins plaider qu’ils doivent composer avec des poudrières, soit des banlieues majoritairement musulmanes avec 50 % de chômage chez les jeunes. Mais ça, ce n’est pas la réalité de New Haven, là où les pachas exploitent la peur de la violence pour masquer leur propre cupidité. En d’autres termes, ils ne font que semblant d’être des Euro-poltrons, ce qui, en dernière instance, est encore plus méprisable.
En 2006, pendant le djihad des caricatures, un manifestant musulman de Toronto l’avait écrit clairement : « Nous n’arrêterons pas de manifester tant que le monde n’obéira pas aux lois islamiques ».
À l’époque, cela sonnait vaguement ridicule. Mais pourtant, sans même vivre la situation démographique que connaît l’Europe, un éditeur scientifique du Connecticut obéit maintenant à la loi islamique. Qui est le prochain?
Source : Lux et Veritas, par Mark Steyn, SteynOnline, 8 septembre 2009
Lire aussi: Censure des caricatures danoises : Yale se serait bassement inclinée devant les dollars saoudiens

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