Mathieu Bock-Côté vise juste. Dans la tribune ci-dessous publiée dans l'édition d'aujourd'hui du quotidien La Presse, il réplique à certaines affirmations contenues dans l'article de La Presse qui proposait une mise à jour du dossier sur les accommodements raisonnables en alignant les «experts-en-diversité» qui souhaitaient que le multiculturalisme s'implante définitivement au Québec, malgré l'opposition populaire.
Lire aussi : Québec : Les accommodements et l'immigration comme outils d'ingénierie sociale à grande échelle
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La tentation totalitaire, par Mathieu Bock-Côté
Dans un article proposant une mise à jour du débat sur le multiculturalisme, La Presse (27 octobre 2009) nous apprend que les Québécois demeurent très majoritairement opposés aux accommodements raisonnables. Cet article aligne aussi une série de déclarations de représentants d’une certaine intelligentsia multiculturaliste manifestant leur exaspération devant une telle réalité. Pour une fois, la langue de bois cède sa place à une franchise qui permet d’apercevoir le caractère radical d’une idéologie en mauvais terme avec la démocratie libérale.
Dès les premières lignes de l’article, la table est mise : «même s'ils admettent n'être que rarement ou même jamais exposés dans la vraie vie à un réel accommodement raisonnable basé sur la religion, 68 % des Québécois estiment qu'il y en a trop». On connait la thèse : la critique du multiculturalisme reposerait d’abord sur l’ignorance et aurait plus à voir avec un délire fantasmatique qu’avec un constat de l’échec de l’intégration à la société d’accueil. Exiger des immigrés qu’ils prennent le pli identitaire de la majorité serait symptomatique d’une vision anachronique de l’intégration.
Le constat est néanmoins incontournable, on se trouve devant une opposition «de principe» au multiculturalisme, comme le reconnaît Marie McAndrew, qui n’y voit pourtant pas une raison d’en finir avec son application. «Heureusement que les droits sont protégés par les chartes et qu'ils ne sont pas soumis à la volonté de la majorité». Il s’agit d’une inversion de la démocratie qui repose non plus sur l’expression de la souveraineté populaire, mais sur sa neutralisation. Malgré l’opposition démocratique au multiculturalisme, ce dernier, sacralisé, prend désormais l’allure d’une nouvelle religion d’État et d’un nouveau régime politique qui assimile sa contestation à une manifestation d’intolérance.
Il faut donc fabriquer un nouveau peuple, en misant sur les mouvements migratoires pour transformer les Québécois francophones en une communauté parmi d’autres dans une société mosaïque, comme le souhaite Daniel Weinstock. «Quand Montréal comptera un aussi haut pourcentage d'immigrants que Toronto, ces questions ne se poseront plus avec autant d'acuité». Pour Weinstock, l’immigration se présente comme une politique de neutralisation du substrat démographique du peuple québécois. Weinstock va même jusqu’à dire que cette immigration de remplacement serait «plus efficace que les grands énoncés» pour convaincre les Québécois des vertus de leur métamorphose identitaire. Traduisons : mieux vaut changer de peuple que de convaincre celui qui est déjà là.
Une fois accomplie, cette transformation identitaire cessera de contraster à son désavantage l’identité québécoise par rapport à l’identité canadienne, car la première exprimerait encore un héritage historique particulier alors que la seconde aurait été intégralement reprogrammée dans la valorisation de la diversité. «Manifestement, la préoccupation identitaire des Québécois est plus forte que dans le reste du Canada. Le Canadien anglais, c'est déjà un "post-ethnique", une personne qui peut aussi bien être de souche écossaise que polonaise ou sud-américaine. Les Québécois, eux, ont toujours cette idée qu'ils ont un "nous" à protéger». Tant que les Québécois se considéreront comme porteurs d’un héritage historique distinctif et qu’ils demanderont aux immigrés de se l’approprier pour s’intégrer pleinement à la collectivité, il faut en comprendre qu’ils seront en retard sur le plan de l’évolution identitaire. L’identité nationale est ainsi reléguée à la préhistoire de la modernité.
On doit tirer de cette vision des choses deux grandes conclusions. D’abord l’intelligentsia pluraliste est de plus en plus isolée dans sa promotion du multiculturalisme et fait le choix de radicaliser son application. À défaut de convaincre le peuple, elle veut le censurer le temps d’en fabriquer un nouveau. Son dérapage idéologique est porteur d’une tentation autoritaire. Ensuite, elle n’hésitera pas à diaboliser l’immense majorité qui s’entête à définir la société à partir de son héritage fondateur. Le multiculturalisme n’entre plus seulement en contradiction avec l’identité nationale. Il est désormais clairement contradictoire avec la démocratie libérale.
Source : La Presse, 29 octobre 2009, A25

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