Djemila Benhabib est auteure de Ma vie à contre-Coran (vlb éditeur), récipiendaire du Prix des écrivains francophones d’Amérique et finaliste du prix du Gouverneur général 2009.
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Et si on changeait de bon peuple ?
Une chose est sûre, les Suisses viennent de créer un précédent en assénant un coup de massue populaire à la gent politique. En effet, leur vote massif pour l’interdiction des minarets n’est pas tant une victoire de l’extrême droite qu’une défaite des politiques, incapables de recentrer le débat sur les valeurs fondamentales de la démocratie, à savoir la laïcité, l’égalité entre les hommes et les femmes et l’égalité des chances. Il est évident que ce suffrage traduit un écart de plus en plus profond entre le bon peuple et l’élite bien pensante qui avale, cette fois-ci bien difficilement, la pilule.
Faut-il pour autant annuler le vote comme le réclame certains ? Et pourquoi ne pas changer de peuple ? Y a-t-on pensé ? Pourtant, tout avait été mis en place pour que l’on « vote bien ». Quasiment toute la classe politique suisse, de la droite à la gauche, des écolos aux curés, des gauchos aux patrons, avait mené le bal pour appeler à voter non. On a sorti la grosse artillerie habituelle : quiconque s’affichait en faveur de l’interdiction a été accusé de xénophobe, de raciste, d’intolérant et d’islamophobe. Des alliés ont même été appelés au renfort : l’ambassadeur de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) est invité à faire campagne pour le non après avoir vertement critiqué la Suisse. Ce qui a fait dire au journaliste Vincent Pelligrini : « C’est un peu l’histoire de celui qui voit la paille dans l’œil du voisin et pas la poutre dans le sien » ! L’OCI, là où fourmillent des dictatures et des théocraties islamiques, qui mène une campagne acharnée pour faire reculer partout dans le monde – et à l’ONU en particulier – les droits des femmes et des homosexuels, qui fait tout pour réduire la liberté d’expression et de conscience au nom du respect des religions, des traditions et des cultures, est montée au créneau pour défendre la démocratie en Suisse.
Pendant la campagne, le bon peuple s’est bien gardé d’exprimer ses penchants. Motus et bouche cousue. De toute façon, à quoi bon ? Pour les bien-pensants, la problématique est si simple : en quoi l’existence de 4 minarets menacerait-elle la quiétude des Suisses ? On aurait cru entendre Jean Charest parlant des accommodements de la Société d’automobile et d’assurance du Québec (SAAQ) et de son projet de loi 16 ou encore Françoise David qui défend corps et âme le port du voile islamique dans la fonction publique québécoise ou la FFQ qui, main dans la main avec Présence musulmane, mène la même campagne. Faites un tour en Iran et vous verrez bien quelle liberté ont les femmes dans une théocratie islamique, même en Algérie qui ne ressemble franchement pas au pays des mollahs; le sort des femmes est peu enviable.
Au moins pour le bon peuple, c’est clair. On ne peut réduire la démocratie à une comptabilité d’épicier. Qu’il s’agisse de la burqa en France, des quatre minarets en Suisse, des quelques cas d’accommodement à la SAAQ ou du port des signes religieux dans la fonction publique québécoise, on ne saurait réduire ses nombreuses manifestations à des « épiphénomènes, des micro-problèmes ou encore à des perceptions ». Tout le monde sait que le problème est ailleurs.
De nombreuses études, reportages et ouvrages démontrent que la Suisse a été infestée d’islamistes et que c’est à Genève que l’islam politique des Frères musulmans a élu domicile, parrainé par Saïd Ramadan qui n’est nul autre que le gendre du fondateur du mouvement des Frères musulmans, Hassan al-Banna et père de Tariq Ramadan. Le premier centre islamique – celui de Genève – a servi de modèle aux nombreux centres islamiques implantés depuis le début des années 1960 en Europe avec le soutien de l’Arabie saoudite. La Suisse va en effet assumer une double fonction dans la stratégie islamiste : celle de « coffre-fort » et de lieu de prédilection à leur propagande. De cela personne ne veut parler. Ni les politiques, ni la « bien-pensance », comme l’a baptisée Élisabeth Badinter. Pour le bon peuple, la beauté des minarets ne saurait cacher ni la laideur des discours qui s’y tiennent ni la lâcheté et surtout pas la complicité de la bien-pensance. Puisse seulement le bon peuple être entendu !

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