Dans la Turquie laïque et candidate à l’UE, un simple roman peut valoir à son auteur une peine de prison pour blasphème.
« On peut donc estimer que certains éléments démontrent avec certitude que la Turquie reste un pays où les auteurs peuvent passer au tribunal. On pensait que ces temps étaient révolus ! » - Nedim Gürsel
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Un entretien avec Nedim Gürsel
« Un penseur doit avoir le droit de mettre en question la religion »
Nedim Gürsel, votre nouveau roman Les filles d’Allah vous a occasionné d’énormes difficultés en Turquie ; il pourrait vous envoyer en prison. Vous risquez jusqu’à trois ans parce que vous auriez prétendument offensé la sensibilité religieuse des musulmans. Aviez-vous prévu que la publication de ce livre conduirait à une telle situation ?
Nedim Gürsel : Non, je ne l’avais pas prévu. Qu’un écrivain puisse être menacé de prison à cause d’un roman qu’il a écrit ne cadre pas avec l’image d’un pays qui cherche à se faire accepter dans l’UE. J’ai écrit un livre et toute ma vie a changé. Et ce n’a pas été un changement agréable. Je me demande aussi comment on peut accepter, dans un état laïc comme la Turquie, que la prétendue Présidence des affaires religieuses puisse émettre un jugement sur mon roman. Cela me perturbe davantage que mes inquiétudes sur l’issue de l’affaire elle-même.
La Présidence des affaires religieuses, ou Diyanet, est un organisme officiel qui garantit que l’islam reste aligné sur l’état. Comment cette institution en arrive-t-elle à émettre une opinion sur une œuvre littéraire et, plus encore, à s’impliquer dans un procès en cours ?
En quoi exactement a consisté la critique de la Diyanet ?
Gürsel : Les censeurs de la Diyanet se sont élevés, entre autres, contre le fait que l’un de mes personnages traite le prophète Mahomet « d’enfant ignorant ». Dans ce passage, c’est un opposant à Mahomet qui s’exprime, et il est donc difficile, du moins dans un roman sérieux, de s’attendre à le voir chanter les louanges du prophète. Bien entendu, il ne s’agit là que des critiques visibles ; la vraie question, c’est le simple fait que le prophète devienne un personnage de roman.
La controverse qui entoure Les filles d’Allah rappelle le tollé provoqué par Les Versets sataniques de Salman Rushdie. Les deux romans se situent au septième siècle et dans les deux cas, le prophète Mahomet en est un personnage. Dans le cas de l’ouvrage de Rushdie, les critiques ont exprimé leur indignation sans même avoir lu le livre. Y a-t-il eu des faits similaires dans votre cas ?
Gürsel : Absolument. L’expert chargé par la Diyanet d’évaluer le livre en a fait dans son rapport des citations tellement inexactes que je me suis demandé s’il l’avait véritablement lu.
À la publication du livre, vous avez été accusé de blasphème à Istanbul, comme l’ont rapporté les médias allemands, français et suisses l’été dernier. À l’époque, le tribunal vous a acquitté mais plusieurs procureurs de l’état ont fait appel de cette décision, ce qui conduit à un nouveau procès, qui se tient désormais devant la plus haute cour du pays.
Gürsel : Effectivement. Les filles d’Allah sont en vente en Turquie depuis l’an dernier, et il s’en est vendu 30 000 exemplaires, un chiffre respectable sur le marché du livre en Turquie.
Peu après la sortie du livre, les procureurs de l’état se sont lancés dans une enquête préliminaire. Au début, j’ai réussi à convaincre le juge que le livre ne comportait rien d’offensant. Mais, malgré cela, et à ma stupéfaction, un tribunal de plus haut niveau a déclenché une procédure judiciaire. On peut donc estimer que certains éléments démontrent avec certitude que la Turquie reste un pays où les auteurs peuvent passer au tribunal. On pensait que ces temps étaient révolus !
A la suite d’une série de procès contre des auteurs comme Orhan Pamuk, le gouvernement a rendu plus difficile le déclenchement de ce genre de procédures judiciaires. Mais les assurances données par Ankara ne paraissent pas avoir grande valeur. J’ai écrit au président Erdogan une lettre ouverte à ce propos.
A-t-il répondu ?
Gürsel : Non, pas encore. Mais je reçois de mes lecteurs beaucoup de soutien et de marques de sympathie.
Vous vivez à Paris et enseignez la littérature turque à la Sorbonne. Vous avez la double nationalité turque et française. Est-il possible que, du fait de ce passage entre les deux mondes de Paris et d’Istanbul, vous ayez mal évalué les réalités politiques turques ? On ne peut pas fermer les yeux sur la réorientation politique du pays et les modifications apportées à la doctrine kémaliste de laïcité d’état.
Gürsel : Bien entendu, je n’ai pas négligé ces évolutions, mais il est possible que j’aie sous-estimé la dynamique du phénomène. Je suis néanmoins convaincu qu’un auteur, un intellectuel ou un penseur qui ne vit pas dans une théocratie doit avoir le droit de mettre en question la religion.
Interview : Ramon Schack



Hélios d’Alexandrie nous présente le père Botros et son travail de déconstruction de l'islam, la doctrine qui fait de ses compatriotes musulmans des persécuteurs des chrétiens d'Égypte. Son émission de télévision est suivie par des millions de musulmans et sa tête a été mise à prix.

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