Un autre aspirant martyr privé de ses 72 vierges par un tribunal infidèle. D'origine marocaine, ce père de famille très pieux de Maskinongé, non loin de la petite municipalité rurale d'Hérouxville, planifiait le massacre d'infidèles pour plaire à Allah. Le tribunal a retenu, comme facteur aggravant, sa "haine des mécréants".
« ... mon rêve est de mourir en martyr pour la cause d’Allah » -- Saïd Namouh
Saïd Namouh : à l’ombre pour au moins 10 ans, mais sous surveillance pour toujours. Photos RueFrontenac.com
Lire aussi :Québec : Saïd Namouh reconnu coupable de terrorisme
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Le terroriste Namouh condamné à la prison à perpétuité, par David Nanterre
L’homme de 37 ans devient ainsi le deuxième terroriste canadien à écoper de la peine maximale prescrite pour ces crimes, soit la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans.
L’arrestation de Namouh, le 12 septembre 2007, avait semé l’émoi dans la tranquille petite municipalité de Maskinongé, en Mauricie, où il demeurait avec son épouse et son fils.
Namouh était accusé de complot pour commettre un attentat à l’explosif, possiblement en Allemagne ou en Autriche, d’extorsion en association avec un groupe terroriste, de participation aux activités d’un groupe terroriste et de facilitation d’une activité terroriste. On a appris à son procès qu’il était un membre très actif du Global Islamic Media Front (GIMF), un outil de propagande du mouvement jihadiste et d’al-Qaïda.
Très actif sur le Web
Spécialiste de la traque des terroristes sur le Web, Rita Katz, fondatrice du SITE Intelligence Group américain, avait témoigné au procès et avait qualifié Namouh de « cyber-jihadiste hyperactif ».
On lui devait la mise en ligne sur le Net de nombreuses vidéos glorifiant et encourageant le terrorisme. Des films aux nom évocateurs tels Jihad Academy, Final 1000 et Jihad top 10, présentant les plus beaux attentats contre les Américains en Irak. Une autre vidéo expliquait comment fabriquer une ceinture d’explosifs dévastatrice.
C’est aussi lui qui a fait le montage et diffusé la vidéo de revendication de l’Army of Islam, un groupe terroriste de la bande de Gaza qui avait enlevé, le 12 mars 2007, le journaliste de la BBC Alan Johnston. Le 9 mai, le film diffusé par Namouh réclamait en échange de la libération du correspondant britannique à Gaza l’élargissement de prisonniers musulmans. Le 25 juin suivant, une autre vidéo montrait le journaliste vêtu d’une ceinture d’explosifs et implorant son gouvernement d’agir. Il était libéré le 4 juillet.
Namouh a aussi monté et mis en ligne la vidéo dont la diffusion allait éventuellement mener à son arrestation et sur laquelle on voyait son complice résidant en Autriche, Mohammed Mahmoud, se livrer à des menaces d’attentat des plus explicites à l’encontre de l’Autriche et l’Allemagne si elles ne cessaient d’appuyer les Américains en Afghanistan.
« La paix est une affaire réciproque. Si nous sommes en sécurité (dans le monde musulman), vous serez en sécurité. Si nous sommes en paix, vous serez en paix et si nous sommes tués, avec la permission de Dieu, vous allez être combattus et tués », scandait Mahmoud dans ce film diffusé par les télés de ces deux pays.
Martyre
Les enquêteurs de la GRC ont aussi épié des tonnes de séances de clavardage au cours desquelles Namouh, sous le pseudonyme d’Ashraf, y allait de propos des plus terrifiants.
Dans une séance, Namouh lançait cette tirade destinée à Mohammed Mahmoud (photo ci-contre): « Je cherche un autre travail qui aurait l’odeur du terrorisme. »
– « Patiente, et prochainement je te donnerai un travail qui te satisfera », répondit l’Autrichien.
– « Par Allah, mon bien-aimé frère, mon rêve est de mourir en martyr pour la cause d’Allah », lança-t-il le 3 août 2007, toujours à l’attention de Mahmoud.
Namouh annonçait même à Mahmoud qu’il désirait lui confier son fils après sa mort en martyre.
« Mon cher frère, je te charge de mon fils et donnez-moi une voiture pleine », écrivait Namouh. La voiture pleine, croit la police, cela veut dire pleine d’explosifs.
« Si Dieu le veut, je me chargerai de te le préparer », répondait Mahmoud en parlant du fils en question, aujourd’hui âgé de 10 ans et vivant au Maroc.
La preuve amassée par la police a convaincu le juge, Claude Leblond, que Saïd Namouh se préparait à se rendre au Égypte, puis de là obtenir un visa pour l’Autriche où il devait se rendre, s’équipant au passage d’armes et d’explosifs.
Aucune crédibilité
Lors des représentations sur la peine à lui imposer, Namouh avait indiqué ne pas être violent, être contre la violence, et n’avoir tenu aucun propos violent dans toutes ces conversation interceptées.
« Les affirmations de l’accusé sur sa non-violence et sa non-utilisation de mots violents dans les conversations enregistrées médusent le tribunal. Ces affirmations contredisent la totalité de la preuve matérielle faite lors du procès et retenues par le Tribunal dans le verdict », a commenté le juge Leblond ce matin, avant de conclure : « Pour cette raison, la crédibilité de l’accusé est nulle. »
Un danger public
Il cite quatre cas, dont trois issus de cette fameuse affaire qui a mené en 2006 à l’arrestation à Toronto de 18 présumés terroristes, dont trois ont plaidé coupable et ont connu leur sentence à ce jour. Tous étaient soit très jeunes, 18 ou 19 ans, soit impliqués de façon plus brève et moins intense dans le complot et réhabilitables, selon les magistrats qui les ont jugés. Malgré cela, l’un de ces terroristes, Zakaria Amara, a écopé de la prison à vie.
Dans le cas de Namouh, aucun de ces facteurs atténuants ne peut être retenu, selon le juge Leblond. Au contraire, son zèle, sa haine pour les mécréants, c’est-à-dire les non-musulmans, et son haut degré de participation jouent contre lui. « L’accusé (Namouh) n’a pas l’excuse de la jeunesse. Il n’y a pas d’indice d’une réhabilitation possible. Il demeure dangereux. Il doit être écarté de la société. On ne sait pas quand, si jamais, il cessera d’être dangereux », conclut-il.
Un avis que ne partage évidemment pas l’avocat de Saïd Namouh, qui vraisemblablement portera la cause en appel.
« Moi, mes contacts avec mon client ne me donnent nullement une impression de dangerosité », a affirmé Me René Duval au sortir de la salle d’audience.
Il attribue notamment aux « exagérations » de Rita Katz les conclusions du juge quant au zèle de son client.
« Vous savez ce que je pense de Mme Katz. Elle a l’exagération comme marque de commerce », déplore-t-il.

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