Salim Mansur est professeur de sciences politiques à l'Université Western d'Ontario. Ci-dessous, la traduction de sa dernière chronique dans le Toronto Sun.
« En protégeant les musulmans contre ceux qui les offensent, l’Occident rend un mauvais service à l’islam et aux musulmans qui en souhaitent la réforme. Il faut aux musulmans une liberté de parole sans entraves pour qu’ils réalisent pleinement à quel point leur culture est totalitaire et comateuse.» - Salim Mansur
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Pourtant, la liberté d’expression n’a jamais été complètement exempte des assauts que lui livrent des intérêts particuliers.
Sauf aux États-Unis, où elle bénéficie de la protection constitutionnelle du premier amendement, l’exercice de la liberté de parole peut toujours être limité par les gardiens des intérêts publics, comme on le voit avec le cas du député hollandais Geert Wilders, inculpé et traîné en justice pour avoir offensé les musulmans en Hollande.
Le procès de Wilders représente tout à la fois un pas en arrière par rapport à l’idéal de liberté d’expression et une illustration de la manière dont des peuples libres laissent sans s’y opposer remettre en cause leur liberté en oubliant leur propre histoire.
En inculpant Wilders pour incitation à la haine, les Hollandais et les Occidentaux qui les appuient tournent le dos à la longue lignée des défenseurs de la liberté de parole en tant que pierre angulaire de la liberté, de Spinoza et Voltaire à Émile Zola.
En inculpant Wilders pour incitation à la haine, les Hollandais et les Occidentaux qui les appuient tournent le dos à la longue lignée des défenseurs de la liberté de parole en tant que pierre angulaire de la liberté, de Spinoza et Voltaire à Émile Zola.
Aucun penseur moderne n’a écrit avec autant de force et de clarté que John Stuart Mill sur la liberté, et sur sa signification dans son sens le plus fondamental de liberté de conscience et d’expression.
Tout ce qui a été écrit par la suite sur ce sujet ne constitue guère plus que des commentaires ou des circonlocutions accessoires de ceux qui n’ont jamais cessé de vouloir brider la liberté d’expression - même quand ils se présentent comme des défenseurs de la liberté - en affirmant vouloir protéger les droits d’autres personnes.
Mill affirmait que ce serait toujours une erreur, pour un gouvernement, et cela même s’il représentait complètement la volonté et l’opinion du peuple qu’il dirige, que de contrôler ou limiter l’opinion d’un individu. Aux yeux de Mill, une telle contrainte était illégitime.
Il écrivait : « Le meilleur des gouvernements n’y a pas plus droit que le pire. Une telle contrainte est aussi néfaste, plus peut-être, lorsqu’elle est exercée en accord avec l’opinion publique que quand elle s’y oppose. Si l’humanité entière moins une personne partageait une même opinion, l’humanité entière n’aurait pas plus le droit de réduire cette personne au silence que celle-ci, si elle détenait le pouvoir, n’aurait le droit de faire taire l’humanité ».
Les sociétés occidentales en général n’ont pas atteint l’idéal de liberté exprimé par Mill, mais toute violation de cet idéal respire la mauvaise foi. Ces dernières années, le multiculturalisme a servi d’alibi pour soulager la conscience des libéraux - ceux qui croient à la liberté telle que l’a décrite Mill - quand ils font des choses contraires à la liberté comme de pénaliser la liberté d’expression.
Ce qui est ironique, et que ne perçoivent pas ceux qui veulent préserver certains d’être offensés par l’exercice de la liberté d’expression, en particulier lorsqu’il s’agit de religion, c’est que ces offenses ont constitué le solvant nécessaire à la réforme de la chrétienté et de l’Eglise - réformes qui ont contribué à la construction de l’Occident moderne, laïc, libéral et démocratique.
En protégeant les musulmans contre ceux qui les offensent, l’Occident rend un mauvais service à l’islam et aux musulmans qui en souhaitent la réforme. Il faut aux musulmans une liberté de parole sans entraves pour qu’ils réalisent pleinement à quel point leur culture est totalitaire et comateuse.
Source : Stifling free speech is not really free, par Salim Mansur, Toronto Sun, 4 février 2010 (Merci à mon traducteur)



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