Hamadi Redissi, professeur de sciences politiques à l'Université de Tunis, est l'un des penseurs critiques de la modernité dans le monde arabe.
Outre Le talon d'Achille de l'islam, dont il est question dans l'article ci-dessous, on lui doit L'exception islamique, un ouvrage qui tente d'expliquer les raisons de la stagnation de la "civilisation musulmane" dans le théologico-politique. Pour Redissi, c'est aujourd'hui, parmi toutes les civilisations du monde, la seule exception, puisque les pays d'Asie par exemple ont globalement réussi leur entrée dans la modernité, parfois en gardant subtilement leurs traditions (cf le Japon et la Chine). Redissi passe en revue les éléments de cette exception pour montrer où elle se fixe (par exemple, dans la forme presque toujours autoritaire du politique, ou dans les formes patrimoniales de l'économie dominée par la rente et non par ie travail...). Surtout, il met en lumière une "erreur" qui traverse l'islam depuis le début: l'idée que l'islam n'a aucun problème avec la raison et la rationalité scientifique, l'idée aussi que l'islam est laïc par définition, qu'il se concilie sans peine avec l'économie moderne, la démocratie, etc.(lire la suite en cliquant ici)
«...l’islam revendique volontiers, mais il ne justifie pas, il demande mais ne donne pas, il veut débattre mais n’offre pas de meilleurs arguments. Bref, il n'est pas crédible... » -- Hamadi Redissi
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Le talon d'Achille de l'islamHamadi Redissi, Le pacte de NADJD
Et malheureusement, le talon d’Achille de l’islam, c’est qu’il ne remplit pas les conditions qui rendent valide sa requête. D’abord, il réclame la justice à l’échelle internationale, mais il est gouverné par une constellation de régimes bâtards, dont la classification est un défi constant pour la science politique. Beaucoup ne respectent même pas ce que Walzer appelle une « éthique minimale » négative (refus de l’esclavage, de la tyrannie et de la torture), par opposition à une « éthique épaisse » ou maximale (l’universalité des droits ). Comment ceux qui usurpent la représentation et ne respectent pas les droits fondamentaux pourraient-ils traiter d’égal à égal avec les Etats de droit ?
Ensuite, l’islam demande une protection des minorités ailleurs que chez lui, alors qu’il n’accorde à domicile, à d’autres communautés, que « des habilitations » et presque jamais de véritables droits. Les trois types de minorités (confessionnelles, ethniques et intra-islamiques) sont brimées, en partance de leur pays ou en voie d’extension ; les travailleurs immigrés subissent une ségrégation inhumaine ; quand les dominants et les dominés sont parfois en guerre, ce n’est pas toujours de la faute des « autres ». Dans The Law of People (1999), le philosophe John Rawls invente un Etat islamique non libéral mais admis dans le concert des nations « décentes », Etat qu’il nomme le Kazanistan. Tout en favorisant les pleins droits des musulmans, cet Etat tolère les minorités et même les encourage à s’associer dans la vie civile et à pratiquer librement leur culte. L’islam est-il condamné à devenir seulement ce Kazanistan convenable ?
Enfin, l’islam sollicite d’autrui le respect de son identité culturelle. Mais de quel respect s’agit-il ? Dans la Dissertation sur les passions, Hume dit que le respect à l’égard d’autrui naît du mélange des bonnes qualités d’autrui et de nos propres bonnes qualités : les bonnes qualités d’autrui produisent l’amour, nos bonnes qualités engendrent l’humilité ; leur union à toutes deux suscite le respect, et leur disharmonie attise le mépris. [1] Que fait l’islam pour produire de l’amour, et l’Occident pour se départir de son orgueil afin que de leur rencontre naisse le respect ? Kant disait que le respect n’est dû qu’aux personnes ; et la loi morale aussi exige le respect, parce qu’elle est sainte, mais aussi et uniquement parce qu’elle est « en nous » en tant que personnes libres. Les religions méritent sûrement autant de respect que la loi morale, pourvu que Celui qui tient si bien « le ciel étoilé au-dessus de nos têtes » ne fasse pas taire le droit de « raisonner autant que nous voulons sur tout ce que nous voulons ».
Pour Axel Honneth, le respect a deux sens différents : l’un, juridique, reconnaît des droits universels ; l’autre, évaluatif, apprécie des qualités, allant du plus au moins et du meilleur au pire. Que faire quand l’un revendique en tant que droit ce que l’autre traite en tant que valeur ? Ou quand l’un appelle sacré ce que l’autre nomme profane ? Charles Taylor admet, à propos de l’affaire Rushdie, qu’il y a quelque chose de maladroit, voire de méprisant, à répondre à l’islam de la manière suivante : « Ici, c’est comme ça » (le droit de vivre et de penser librement). [2]
Une politique d’égale dignité n’a pas besoin d’amour, mais uniquement d’humilité pour être hospitalière à la différence, à condition qu’on ne confonde pas estime et condescendance. De là à ce qu’elle plie devant la sommation qui exige une protection insupportable ! Autant le dire : l’islam revendique volontiers, mais il ne justifie pas, il demande mais ne donne pas, il veut débattre mais n’offre pas de meilleurs arguments. Bref, il n’est pas crédible et, de surcroît, il ne semble pas s’en inquiéter outre mesure. Pourquoi ? Parce qu’il se présente au monde à l’état brut, sans théorie de la reconnaissance réciproque interne, bâtie en terre d’islam ; en sa tournure passive, « être reconnu » suppose d’abord le mode actif : « je reconnais », et non « je connais ».
(à suivre...)
Hamadi Redissi, Le Pacte de Nadjd, Editions du Seuil, 2007. (p.327-328)
Notes
[1] Cf. Hume, p. 240-241.
[2] Cf. Taylor, p. 85-86
Source : Studia Arabica

Hélios d’Alexandrie nous présente le père Botros et son travail de déconstruction de l'islam, la doctrine qui fait de ses compatriotes musulmans des persécuteurs des chrétiens d'Égypte. Son émission de télévision est suivie par des millions de musulmans et sa tête a été mise à prix.

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