Gérard Bouchard, qui a co-présidé la commission Bouchard-Taylor, y va d’un long texte ce matin dans La Presse ; il expose ses réflexions sur le récent épisode du voile intégral au cégep Saint-Laurent.
Son texte mérite d’être amplement commenté, mais je me contenterai pour le moment de souligner un élément qui me paraît essentiel et qui n’est jamais abordé dans les discussions sur les accommodements : celui des fondements des droits humains.
La charte québécoise est fondée sur la notion de dignité de la personne humaine et elle s’inscrit dans la ligne de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Historiquement, la notion de dignité humaine, celle où l’être humain est digne en tant que tel a supplanté celle de l’honneur, où il n’a d’intérêt et de valeur que comme membre d’un clan, d’un groupe, d’une tribu. Il s'agit d'une notion révolutionnaire essentiellement occidentale ancrée dans notre héritage gréco-romain judéo-chrétien marqué par les Lumières.
Le relativisme culturel sape les fondements mêmes de la charte en niant son caractère universel. Or, c’est précisément ce que nous sommes en train de faire avec le bricolage au coup par coup d’accommodements religieux. La culture islamique est fondée sur l’honneur. Contrairement à la dignité humaine, l’honneur appartient non pas à l’individu, mais à la famille, au clan, à la communauté (la oumma). Il ne peut y avoir de « clash » plus profond que celui qui existe entre la primauté donnée à la dignité de la personne et celle donnée à l’honneur du clan ou du groupe.
Ce « clash » est également manifeste à l’ONU où l’Organisation de la conférence islamique tente d’introduire le délit de blasphème en droit international. Pour le monde musulman, la critique de l’islam porte atteinte à l’honneur de la oumma. Par conséquent, la préservation de l’honneur de 1 milliard de musulmans justifie de porter atteinte aux droits individuels des dissidents et des critiques ; leur discours doit être censuré parce qu'il sème la honte sur la oumma au grand complet.
Au Québec, tout accommodement qui avalise la culture de l’honneur par une interprétation "contextualisée" de la charte (et le voile est le symbole de cette culture) contredit la notion occidentale de dignité humaine. Il nie le caractère universel des droits humains inscrits dans la charte. C’est tout l’édifice qui est menacé d'écroulement, un accommodement à la fois. Si on ne souhaite pas établir une hiérarchie claire entre la dignité de la personne et l'honneur d'une communauté, autant saborder la charte, devenue une imposture.
Lire aussi :
Chronique d'Hélios d'Alexandrie : Gérard Bouchard et l'égalité des sexes
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L'égalité homme-femme doit être préservée, par Gérard Bouchard
Ce que j'ai surtout retenu du récent épisode du niqab au cégep Saint-Laurent, c'est le manque d'assurance dont semblent faire preuve de nombreux gestionnaires d'institutions publiques quand il s'agit de traiter, et en particulier de rejeter, une demande d'accommodement (qu'on ne voie pas dans cette remarque un blâme, mais une simple constatation).
En guise d'explication, on a souvent mentionné le manque de balises. Je crois que cette explication est insuffisante et en partie erronée. Après tout, le rapport de la commission que j'ai coprésidée consacre à ce sujet de longs développements. À propos du niqab justement, il est recommandé d'en interdire le port chez les agents de l'État et dans le milieu de l'éducation. Je crois plutôt que le problème tient en grande partie au fait que ce genre de propositions, qui auraient recueilli un très large appui dans la population n'ont pas été relayées, diffusées et traduites en directives sur lesquelles les décideurs auraient pu s'appuyer en toute confiance.
L'incertitude qui entoure le respect de l'égalité homme-femme offre un autre exemple d'une balise qui a été clairement énoncée dans le rapport et qui est restée sans suite. En m'inspirant de cet énoncé, j'aimerais soumettre à la réflexion une proposition qui, me semble-t-il, serait de nature à assurer une protection adéquate à cette valeur fondamentale tout en facilitant la tâche aux décideurs en matière d'accommodements.
Proposition
Ma proposition réfère à toute demande d'accommodement où l'égalité homme-femme se trouve en compétition avec un autre droit de telle manière que, si la demande était agréée, elle installerait la femme dans un statut d'infériorité par rapport à l'homme (je dis «statut», il s'agit donc d'une question de principe général et non du sort de telle ou telle femme en particulier qui serait visée dans la demande). Dans ce cas, je crois que l'égalité homme-femme devrait bénéficier d'une préséance ad hoc (ou contextuelle). La légitimité et la légalité de cette disposition me paraissent découler:
a) de l'article 9.1 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, selon lequel les libertés et droits fondamentaux doivent s'exercer dans le respect des valeurs démocratiques de notre société ;
b) de l'article 10 de la même Charte, interdisant toute forme de discrimination fondée sur le sexe ;
c) de l'article 50.1, ajouté en 2008, selon lequel «les droits et libertés énoncés dans la présente Charte sont garantis également aux femmes et aux hommes»;
d) du préambule de la Charte, selon lequel «le respect de [...] l'égalité entre les femmes et les hommes [entre autres]» est l'un des «fondement[s] de la justice, de la liberté et de la paix»;
e) de la sensibilité particulière que les Québécois ont développé à l'égard de cette valeur universelle (pensons notamment au rapport contraignant et humiliant auquel l'Église catholique québécoise a soumis les femmes en général);
f) du rapport de la commission Bouchard-Taylor où on peut lire que: «Dans le secteur des soins de santé comme dans tous les services publics, cette valeur [l'égalité homme-femme] disqualifie, en principe, toutes les demandes ayant pour effet d'accorder à la femme un statut inférieur à celui de l'homme» (p. 20, alinéa 1).
Il s'ensuit que, dans la limite et dans l'esprit qui viennent d'être indiqués, il est légitime et pertinent d'accorder au critère de l'égalité homme-femme, dans un contexte donné, un poids supérieur au poids combiné de tous les autres critères intervenant dans l'examen d'une demande d'accommodement, ce qui en pratique rend ce critère peu susceptible d'être subordonné.
Par ailleurs, on convient que cette disposition générale pourra être infléchie de diverses façons s'il entre en jeu des considérations tenues pour supérieures dans notre société. Par exemple, dans un établissement de santé pour personnes âgées, tous s'accordent pour que, dans la mesure du possible, les soins intimes soient prodigués par des personnes du même sexe, ce qui déroge pourtant à la règle de l'égalité homme-femme?; c'est alors la dignité humaine et plus précisément la pudeur qui est en jeu. Depuis mars 2010, et pour la même raison, une convention similaire prévaut pour l'inspection physique des passagers dans les aéroports québécois et canadiens. Tous s'accordent aussi pour qu'une jeune fille ou une femme violée soit prise en charge de préférence par un personnel professionnel féminin (policière, psychologue, etc.).
D'autres situations d'exception du même genre peuvent survenir qu'il est impossible de prévoir, ce qui interdit d'octroyer à l'égalité homme-femme une préséance formelle inscrite dans une loi ou dans la Charte (elle y figure déjà comme clause interprétative). On voit ici la nécessité de maintenir le principe de l'interdépendance des droits qui sous-tend la philosophie des chartes. Il est utile également de rappeler qu'aucun droit n'est absolu, même le droit à la vie: on envoie des soldats au front, on autorise des sports extrêmes, on s'ouvre de plus en plus à l'euthanasie, etc.
En dépit du poids éminent qu'il convient de lui donner concrètement, il serait donc contraire à l'esprit de cette proposition que de vouloir l'insérer dans un texte constitutionnel. Elle doit conserver son caractère ad hoc ou contextuel. Mais elle pourrait faire l'objet d'une déclaration solennelle ou d'une motion adoptée par l'Assemblée nationale ainsi que d'une intense promotion parmi la population, tout spécialement auprès des gestionnaires d'institutions publiques et privées chargés de traiter les demandes d'accommodement.
Enfin, la présente proposition devrait être prolongée pour lui annexer des critères permettant de déterminer ou de reconnaître concrètement les situations où la femme se trouve effectivement installée dans un statut d'infériorité.
Source : Cyberpresse, 16 mars 2010



Hélios d’Alexandrie nous présente le père Botros et son travail de déconstruction de l'islam, la doctrine qui fait de ses compatriotes musulmans des persécuteurs des chrétiens d'Égypte. Son émission de télévision est suivie par des millions de musulmans et sa tête a été mise à prix.

Très bonne introduction Hélios!
Vous avez réussit à pointer d'une façon très synthétique et claire une des clefs pour comprendre les mécanismes des "clashs"!
Encore félicitations
J'ai posté sur différents blog le lien de ce sujet.
Bonne continuation
Rédigé par : lesteph | 16/03/2010 à 12:16
Merci lesteph pour vos compliments,
Ceci dit, l'introduction est de votre humble serviteur Poste de veille, et non d'Hélios ! Hélios a sa propre chronique. Votre commentaire confirme toutefois qu'Hélios et moi formons une excellente équipe !
Poste de veille
Rédigé par : Poste de veille | 16/03/2010 à 14:38
Monsieur Bouchard n'a toujours pas compris. Il cherche seulement à sauver la face et à enfumer encore les Québécois.
Il est toujours favorable aux accommodements à des revendications religieuses. Le concept des accommodements a été inventé pour pouvoir aider les handicapés et les personnes âgées en perte d'autonomie! Et non pour créer différentes classes de citoyens. Ce qu'il défend est une perversion du principe.
Deuxièmement, il nous revient avec son thème de l'insécurité. Encore là, il nous enfume, car les pays européens sont pleinement souverains et ont exactement les mêmes problèmes d'intégration.
Gérard Bouchard est rien de moins qu'un idiot utile de l'Islam !
Rédigé par : Hacker | 16/03/2010 à 20:40
'Tout être humain, quel qu'il soit, possède une dignité propre, inaliénable, au sens non équivoque que Kant a donné à ce terme: ce qui est au-dessus de tout prix et n'admet nul équivalent, n'ayant pas une valeur relative, mais une valeur absolue.' Thomas de Koninck, de la Dignité Humaine, p.1
La femme est un être humain. Donc: elle 'possède une dignité propre...'
Rédigé par : Femme | 16/03/2010 à 22:00
"Au Québec, tout accommodement qui avalise la culture de l’honneur par une interprétation "contextualisée" de la charte (et le voile est le symbole de cette culture) contredit la notion occidentale de dignité humaine."
La culture de l'honneur transplantée ici se métamorphose en droits individuels. Quand les militantes islamistes arborent leur niqab, c'est bien entendu leurs droits individuels qu'elles invoquent jusqu'au moment où une fille qui refuse le voile se fasse égorger par un proche parent et que la supercherie apparaisse en pleine lumière, sans que cela n'émeuve outre mesure les juges et les multiculturalistes dont Gérard Bouchard.
Contextualiser c'est ouvrir la porte aux palabres et aux litiges, on finit ainsi par avoir le peuple québécois à l'usure.
Comme l'a si bien dit Alfred de Musset: "Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée!"
Hélios d'Alexandrie
Rédigé par : Hélios d'Alexandrie | 17/03/2010 à 17:19