Un bon édito de Mario Roy dans l'édition d'aujourd'hui de La Presse. Ou comment l'ONU se préoccupe de lutter contre le racisme dans les pays démocratiques déjà pourvus d'institutions et de mécanismes dédiés à la lutte contre le racisme, tout en ignorant les victimes d'atrocités commises ailleurs dans le monde.
Le Conseil des droits de l'homme, la plus haute instance chargée de la protection des droits humains dans le monde, est maintenant dominée par l'OCI et des pays non démocratiques qui font le procès des démocraties tout en se félicitant réciproquement pour leurs "progrès". Ainsi, lors de la dernière session du Conseil des droits de l'homme à Genève (1er au 26 mars 2010), des ONG ont tenu un Sommet parallèle afin de donner une voix aux opprimés que le Conseil refuse d'entendre.
La notion onusienne de "racisme" est d'ailleurs en voie de menacer les droits humains et la démocratie dans le monde. Dans le cadre de l'étude du rapport de la Haut Commissaire aux droits de l'homme par le Conseil des droits de l'homme le 5 mars dernier, le représentant de l'Algérie a mis en corrélation la diffamation des religions et la montée de la haine et de l'intolérance. "Il ne s'agit pas d'un thème sur la liberté de croyance ou d'expression, mais une forme contemporaine et perverse de racisme qui conduit à l'incitation à la haine contre des individus et des communautés entières", a souligné M. Jazaïri.
Les représentants du monde islamique ont dénoncé la votation suisse sur les minarets et les discussions sur la restriction au port du voile intégral dans les pays occidentaux, qu'ils voient comme une forme d'islamophobie à combattre. L'OCI se sert de l'ONU en vue de museler toute critique de l'islam afin de faciliter la progression de la charia en Occident. On peut s'attendre à ce que la notion occidentale de laïcité soit éventuellement dénoncée comme une forme d'islamophobie et une atteinte aux droits de l'homme.
Dans une lettre adressée aux parlementaires européens, l’avocat Philippe Chansay-Wilmotte du barreau de Bruxelles a tenté de les alerter, ainsi que la presse européenne, sur ce qu'il voit comme une tentative de l'ONU de "disqualification de la Convention Européenne des Droits de l’Homme".
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Du racisme dans l'air, par Mario Roy
En avril, mai et juin 1994, une forme particulièrement virulente de racisme, celui fondé sur l'appartenance ethnique, a fait 800 000 victimes au Rwanda. Beaucoup de celles-là périrent de façon particulièrement horrible: la machette devint alors une arme mythique. Comme on le sait, l'ONU fit alors ce qu'elle fait le mieux: rien.Cependant, en ce même printemps 1994, le Québec, lui, se préoccupa beaucoup de racisme.
On se scandalisa du racisme sévissant... aux États-Unis, en Grande-Bretagne, au Japon. Des policiers montréalais furent accusés d'avoir prononcé des paroles racistes. Deux ans après avoir été créée, la désormais célèbre toile Femme aux bananes, montrant une femme noire portant des fruits, injustement taxée de raciste par des universitaires (de Concordia, oui, comment avez-vous deviné?), défrayait toujours la manchette. Et le Rwanda? Oui, le Rwanda, bien sûr, bien sûr...
Avec le recul, on apprend ainsi deux choses.
Un, il faut être diablement prudent quand on jongle avec le concept de racisme: l'antiracisme n'est pas d'abord une parure sociale destinée aux belles âmes. Deux, il faut hiérarchiser les situations... en s'intéressant d'abord et urgemment à celles où les haines raciale, ethnique et religieuse, qui relèvent d'une même pathologie, tuent en masse.
Or, on a rarement parlé autant de racisme qu'on ne le fait actuellement au Québec. L'enquête du coroner sur la mort du jeune Fredy Villanueva s'instruit sur fond de soupçon de profilage racial - en clair: de racisme. Dans le même temps, la Commission des droits de la personne du Québec produit un document sur le profilage racial qui recense des témoignages de personnes «racisées», victimes d'un tel comportement. Et alors que s'achève la Semaine d'actions contre le racisme, la situation de la communauté noire, en particulier, est examinée lors d'un colloque où on signale notamment les inégalités de revenus dont elle est victime.
Enfin, après avoir toutes affaires cessantes enquêté à Montréal-Nord, une envoyée spéciale de l'ONU dépose, à Genève, un rapport accusant le Canada de pratiquer le profilage racial et la discrimination.
Ça fait beaucoup.
Certes, aucune population n'est totalement à l'abri de la tentation du racisme. Mais dans la lutte que font - ou ne font pas - les différents États à cette tare, le Québec apparaît comme singulièrement proactif. Peut-il faire davantage? Peut-être. Mais il faudra être prudent et bâtir un dossier plus circonstancié que celui, largement anecdotique, produit par la Commission des droits.
Par ailleurs, à Genève, l'expédition canadienne de Gay McDougall, rapporteuse spéciale de l'ONU sur les droits des minorités, a été assez mal notée. Tant Ottawa que l'organisme indépendant UN Watch ont réagi. Ce dernier a signalé que, en cinq ans d'enquête, McDougall ne s'était intéressée à aucun - aucun! - des pays dénoncés par Freedom House comme étant les plus oppressifs en cette matière: elle a en effet consacré presque la moitié de ses énergies à des pays de l'Union européenne.
De fait, il est facile d'identifier une bonne douzaine de pays - dont ne fait pas partie le Canada - dont les minorités auraient, avant d'être décimées, un urgent besoin des services de l'ONU. Comme le Rwanda en 1994...
Prudence et hiérarchisation, avons-nous dit.
Source : Du racisme dans l'air, par Mario Roy, La Presse, 19 mars 2010

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