Quand le mouvement pour les « libertés civiles » porte le flambeau d’un symbole de l’avilissement de la femme et, par ricochet, de l’homme, on a affaire à une sérieuse dérive, à une complète faillite morale. Verrons-nous, au Québec et ailleurs en Occident, des manifestations réunissant les défenseurs des libertés civiles et les apologistes des talibans ?
L’Occident, où est né le mouvement pour les libertés civiles, doit plutôt se faire le porte étendard de la disparition du voile intégral de la surface de la terre, tout comme il a lutté pour l’abolition de l’esclavage et lutte encore aujourd'hui pour protéger la dignité humaine contre toutes formes d'asservissement et de dégradation.
Le mouvement pour les libertés civiles évoque de nobles idéaux. On pense à Martin Luther King et à l’émancipation des Noirs. On pense au combat du monde libre contre le nazisme et son abjecte exaltation de la « pureté » aryenne. On pense au combat de Nelson Mandela contre l'apartheid des Noirs en Afrique du sud. On pense à la lutte contre les totalitarismes, à la dénonciation des goulags et au soutien des Soljenitsyne de ce monde. On pense aussi à Gandhi, ce réformateur de l’hindouisme qui a eu le courage d’abolir l’intouchabilité (oppression des « impurs ») dans la constitution de l’Inde indépendante inspirée de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Le Parlement indien a aussi interdit toute justification de l’intouchabilité au nom de la religion ou de la tradition.
La défense du voile intégral par le mouvement des libertés civiles témoigne - comme dit Salman Rushdie (lire) à propos du partenariat d'Amnesty International avec des apologistes des talibans présentés comme des « défenseurs des droits humains » (lire), - d’un mouvement qui a perdu la capacité de distinguer le bien du mal.
Dans Le Devoir, Me Nathalie Desrosiers y va de comparaisons absurdes avec le costume des religieuses catholiques ou les robes longues des mennonites, omettant des distinctions fondamentales entre ces habits, notamment leur charge symbolique. De plus, en Afghanistan, plusieurs femmes perdent leurs dents et leurs cheveux par manque de vitamine D, qui provient du soleil (lire). Imaginez leur sort sous nos latitudes. Elles sont souvent renversées par des voitures en raison de la visibilité réduite que leur offre le voile. Des musulmanes qui refusent de le porter sont menacées, terrorisées, traitées de prostituées, violées, lapidées, fouettées, aspergées d’acide, brûlées vives ou victimes de meurtres d’honneur. En occultant cette réalité tragique, que ne connaissent heureusement pas les religieuses catholiques et les mennonites, Me Desrosiers perd toute crédibilité.
Le voile, intégral ou simple, est aussi de plus en plus porteur, en Occident, du message suprémaciste de la « pureté » islamique et de la persécution des «impures ». Voici à cet égard le commentaire éloquent d'un lecteur belge (lire):
Je vois souvent, comme ici, le voile dénoncé à la fois comme signe et comme instrument de discrimination entre les sexes, et de domination de la femme par l'homme. C'est tout à fait exact, et doit être dit et redit. Cependant, il est aussi un instrument de discrimination à un autre niveau - ce que je regrette de ne pas lire plus souvent -, c'est entre les femmes qui le portent et celles - considérées comme non musulmanes, à tort ou à raison - qui ne le portent pas.
Le Coran proclame que l'islam est une religion supérieure aux autres (61:9, 24:55), que ceux qui la pratiquent constituent "la meilleure des communautés" (3:110), et se placent donc au-dessus du reste de l'humanité, tandis que les mécréant(e)s "ne sont qu'impureté" (9:28).
Si la forme que doit prendre le voile, selon le Coran, est extrêmement vague, une de ses fonctions, au moins, est décrite clairement, dans le verset 33:59 : il s'agit d'un signe à l'usage des hommes permettant de distinguer du premier coup d'oeil quelle femme appartient à la meilleure communauté, telle qu'évoquée ci-dessus (et doit donc être respectée), et quelle femme n'en fait pas partie (ce qui implique qu'aucun respect n'est requis à son égard).
Tout cela n'est pas que théorique. Dans les quartiers fortement islamisés des villes d'Europe, c'est exactement comme cela que les choses fonctionnent : les femmes ne portant pas de voile se font constamment harceler, insulter, arroser de propos obscènes, menacer, voire violer. Dans la ville où j'habite, une jeune femme qui a subi ce sort s'est même vu préciser par ses bourreaux que c'était parce qu'elle ne portait pas de voile qu'ils la violaient (http://www.dhnet.be/infos/faits-divers/article/212178/violee-en-pleine-gare.html).
Dénoncer la discrimination que fait subir le voile au détriment de celles qui le portent, c'est très bien, mais on oublie trop souvent que le voile est au moins autant - et de plus en plus - un enfer pour celles qui ne le portent pas.
Ceux qui, en Occident, militent pour la reconnaissance d'un « droit fondamental » au voile intégral trahissent les nobles idéaux du mouvement pour les libertés civiles et jettent le discrédit sur la Déclaration universelle des droits de l’homme. Cette conception des libertés civiles ne mérite que notre mépris. Et ceux qui plaident pour le respect du voile en passant sous silence la situation des femmes humiliées, harcelées, terrorisées, violées ou tuées pour avoir refusé de le porter, se déconsidèrent complètement.
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