Christian Rioux, correspondant du Devoir à Paris, revient sur les propos du cinéaste anglo-montréalais Jacob Tierney qui trouve que le cinéma québécois manque d'anglophones et d'immigrants. Lui aussi dénonce ce soupçon perpétuel de racisme qui pèse sur les gens d'ici, et qui relève de la diffamation.Le multiculturalisme anglo-saxon est une idéologie de la haine de soi et du suicide des nations, un modèle à éviter à tout prix.
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[...] Partout dans le monde, les Québécois sont perçus comme un des peuples les plus accueillants de la planète. Il arrive même aux étrangers de penser que nous le sommes trop. Parfois jusqu'à la bêtise. À Paris, Berlin et Londres, j'ai entendu vanter notre ouverture à l'égard des immigrants. De ces pays, on envoie même des missions pour étudier le soin que nous mettons «à préparer le feu, la place pour les humains de l'horizon», comme le dit un autre poète.
Il fallait vraiment revenir au pays pour entendre le contraire. Sitôt débarqué, il fallait acheter le journal pour apprendre qu'un jeune réalisateur anglophone de Montréal trouvait notre cinéma trop blanc, trop francophone et trop québécois. Un peu comme ces néophytes qui trouvent que le fromage au lait cru goûte trop... le fromage. Façon polie de nous traiter de xénophobes.
Je le répète, à force de vivre à l'étranger, on perd vraiment l'habitude de vivre avec ce soupçon de racisme qui plane en permanence sur les gens d'ici. Il me semblait pourtant avoir vu des Français et des Africains dans Dédé à travers les brumes, de Jean-Philippe Duval, des Italiens dans 1981, de Ricardo Trogi, des Belges et des Congolais dans Congorama, de Philippe Falardeau, des Rwandais dans Un dimanche à Kigali, de Robert Favreau, des Tziganes dans Clandestins, de Denis Chouinard, des Italiens dans Deux secondes, de Manon Briand et des Polonais dans Nuages sur la ville, de Simon Galiero. J'ai dû rêver en découvrant que près du quart de ce dernier film avait même été tourné en polonais. Mais il semble que, comme nos lamentations sur la chaleur, monsieur Tierney, lui, n'ait rien vu de tout cela. [...]
On aurait le goût d'expliquer à Jacob Tierney que la culture nationale est justement ce lieu patiemment élaboré au fil des siècles où chacun peut communier à l'identité partagée sans avoir à s'identifier à une couleur et à une ethnie. En 400 ans, les Québécois ont fabriqué une culture nationale qui leur est propre. Cette culture, ils l'ont forgée avec tous ceux, Autochtones, Irlandais, Écossais, Anglais, Italiens, qui ont bien voulu y contribuer. Cette culture, ils l'offrent aujourd'hui à tous ceux qui souhaitent partager leur aventure.
Mais Tierney n'a rien à faire de cette richesse culturelle. Il lui préfère un multiethnisme de pacotille au goût du jour. Ce multiethnisme que l'on cultive tout particulièrement dans les pays anglo-saxons (tiens donc!) et qui a déjà envahi la publicité. Un multiethnisme qui n'a d'autre rôle que d'ouvrir toute grande la porte à la culture mondialisée et de donner bonne conscience à ses intellectuels de service. Une culture inodore et sans saveur qui est aussi identique d'un pays à l'autre que le sont les MacDo à Paris ou à Ouagadougou. [...]
Source : Maudite chaleur, par Christian Rioux, Le Devoir, 9 juillet 2010

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