L'auteur Bruce Bawer, d'origine américaine, habite à Oslo. Il estime que les attentats perpétrés par Breivik auront pour effet d'enlever tout légitimité à la critique de l'islamisation de la Norvège.
Aux dernières élections, un parti critique de l'immigration et de l'islamisation, le Parti du Progrès, a fait une percée. Son programme est désormais discrédité par association avec Breivik.
[...] Tous ceux d’entre nous qui ont pensé dans les premières heures des attentats d’Oslo qu’ils étaient témoins d’encore un autre attentat islamique peuvent être absous.
En effet, cela semblait évident : après le 11 Septembre, Londres, Madrid, Beslan, Bali, Mumbaï - pourquoi pas Oslo ? Et pourtant …la Norvège, bien que membre de l’Otan, avec des soldats en Afghanistan et en Libye, n’est pas vraiment en tête du front du combat pour vaincre le djihad. Bien au contraire. La Norvège se définit comme « le pays de la paix ». Pendant des années, le gouvernement norvégien et l’intelligentsia se sont même efforcés de faire savoir aux plus extrêmes protagonistes de l’islam international qu’ils étaient leurs amis. Ils ont prouvé leur bonne foi de multiples façons :
- Ils ont ostensiblement traité les juifs de façon humiliante. Jostein Gaarder, auteur du bestseller mondial Le monde de Sophie, a publié un éditorial, il y a quelques années, déclarant tout son mépris pour Israël et le peuple Juif. Quand Gaarder a dû affronter quelques critiques, de nombreux membres parmi les plus éminents de l’élite culturelle vinrent aussitôt à sa rescousse. Si l’élite culturelle norvégienne se montre plus antisémite que ses homologues européens cela vient du fait qu’elle sait parfaitement que plus l’on montre sa sympathie pour les Juifs, plus on agace les musulmans.
- Ils ont été très gentils avec le mollah Krekar, le terroriste en résidence de la Norvège. Tandis que certains membres du gouvernement ont (et c’est tout à leur honneur !) laborieusement tenté de renvoyer le fondateur du groupe terroriste Ansar al-Islam dans son Irak natal, le système le protégeait avec constance, lui permettant de résider dans un très bel appartement à Oslo, aux frais du contribuable norvégien. Au fil des ans, les médias norvégiens ont maintes fois tracé le profil de cet assassin qui a torturé des enfants, le décrivant invariablement comme un homme charmant, une sorte de grand-papa, et ils lui ont accordé tout l’espace médiatique qu’il voulait pour taper sur les Etats-Unis.
- Ils ont cloué le bec à toute personne critiquant l’islam. En janvier 2006, Vebjörn Selbekk, éditeur d’une petite publication évangélique appelée Magazinet avait republié les caricatures danoises sur Mahomet, plongeant toute l’intelligentsia norvégienne dans l’embarras. Les politiques au plus haut niveau ont exercé des pressions sur Selbekk pour qu’il exprime ses excuses pour une telle offense. Il a tenu bon avec courage un certain temps, puis finalement il s’est résolu, le 10 février 2006, à présenter ses excuses devant des imams norvégiens, pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression. Les chefs et notables du gouvernement se sont estimés satisfaits et une délégation menée par un évêque de l’Eglise de Norvège s’est précipité au Yémen pour apporter la bonne nouvelle de cette capitulation au théologien Yusef al-Qaradawi, considéré comme une sorte de pape de l’islam.
- Ils ont jeté toutes les manifestations du totalitarisme islamique dans le puits de l’oubli. Il y a deux ans, pendant deux nuits consécutives, un petit commando de jeunes musulmans norvégiens a semé le chaos au cœur d’Oslo, transformant un quartier traditionnellement paisible en réminiscences de Sarajevo ou de Beyrouth au plus fort de la guerre. Le prétexte pour cette explosion de fureur était leur mécontentement au sujet de la situation à Gaza, or, leur véritable intention était surtout de faire une démonstration de force, d’intimider, et de faire comprendre aux Norvégiens que leur heure était venue et que désormais ils feraient mieux de s’adresser à eux avec respect, ou sinon gare… En février 2010, une autre petite armada de musulmans, pas de jeunes émeutiers cette fois-ci, mais des hommes, à l’air menaçant, vêtus de longs manteaux et affublés de grandes barbes, sont venus se rassembler au centre d’Oslo, sur cette même place où Vidkun Quisling le nazi avait autrefois harangué les foules, et les barbus écoutèrent avec un plaisir évident un jeune prédicateur nommé Mohyeldine Mohammed qui menaçait carrément la Norvège d’un futur 11 Septembre. Ces deux phénomènes apparurent et disparurent et les personnes habilitées à prendre des décisions sur ce genre d’évènements ont décidé, tout bonnement, qu’il était préférable de faire comme s’ils n’avaient jamais eu lieu.
- Ils ont ouvertement soutenu les groupes terroristes. Ces derniers jours, l’une des principales histoires venues de Norvège avait été la déclaration du ministre des Affaires étrangères, Jonas Gahr Störe, à propos du soutien de son pays à l’effort du Président palestinien, Mahmoud Abbas, pour obtenir la reconnaissance d’un Etat palestinien par l’ONU. Cette posture n’est pas vraiment une surprise compte tenu des efforts constants du gouvernement norvégien pour « tendre la main » au Hamas. C’était Störe, après tout, qui, tandis que deux douzaines de diplomates occidentaux quittaient la salle pour protester contre le virulent discours anti-Israël donné par M. Ahmadinejad, lors de la conférence sur le racisme à l’Onu en 2009, fut le seul Occidental ayant choisi de rester assis et d’écouter jusqu’au bout.
- Et la manière dont ils parlaient du terrorisme islamique avec les jeunes musulmans norvégiens était… bon, voyons cela d’un peu plus près. Il y a quelques années, quand Jörn Holme, chef des services de sécurité pour la police norvégienne, vint assister à une réunion organisée par l’Association des Etudiants Musulmans, en principe pour discuter du terrorisme, de la surveillance, et de la communauté musulmane, son principal objectif semblait être d’établir des liens avec les musulmans présents en dénigrant les Norvégiens ethniques, « lesquels, disait-il, étaient trop stupides pour comprendre qu’il n’y avait aucune relation entre l’islam et le terrorisme », il dénigrait également les chrétiens blancs américains : « Aux USA dans les années soixante, a-t-il raconté à l’auditoire, les Noirs étaient violés par des Blancs qui allaient à la messe le lendemain ». Holme définissait les USA comme « le pire violateur des droits humains » et il affirmait que sa « plus grande crainte, en cas d’attentat terroriste islamique, serait qu’un tel acte encouragerait les préjugés contre les musulmans ».
Ainsi, vous voyez que tandis qu’un attentat islamique à Oslo était une possibilité tout à fait envisageable, cela aurait été idiot de la part des islamistes de se faire un ennemi de la Norvège. [...]
Dans un tel contexte, c’est vraiment désolant de voir un Breivik, créature diabolique et perverse, se manifester pour devenir l’incarnation de la critique de l’islam en Norvège. Les journalistes de la télévision norvégienne, qui au début de la crise se sentaient visiblement mal à l’aise à l’idée d’avoir à évoquer le terrorisme islamique, discutent maintenant allègrement des dangers de « l’islamophobie » et des « idéologies conservatrices » et ils établissent des liens entre la folie furieuse et le fanatisme de Breivik et la plate-forme politique du Parti du Progrès. Ces évènements représentent une double tragédie pour la Norvège. Non seulement nous déplorons la perte d’une centaine de personnes, dont des dizaines de jeunes, dans une violence infernale, mais également comme je le crains, la légitime critique de l’islam, lequel demeure une véritable menace contre la liberté en Norvège et dans tout l’Occident, s’en trouve discréditée aux yeux de beaucoup de Norvégiens, par association d’idées avec ce tueur fou.
Source : A Double Tragedy for Norway, par Bruce Bawer, Pajamas Media, 23 juillet 2011. Traduction par Marie pour Poste de veille

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