Fatima Houda-Pépin, députée libérale de La Pinière et première vice-présidente de l'Assemblée nationale, s’inquiète pour la Tunisie et, surtout, pour la Libye, rapporte Antoine Robitaille dans Le Devoir.
Rappelons que Mme Houda-Pépin, une musulmane d'origine marocaine, avait été à l'origine de la motion unanime de l'Assemblée nationale refusant l'instauration de tribunaux de la charia au Québec en 2005. Bravo Madame Houda-Pépin pour votre lucidité et votre cohérence.
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Un «détournement de démocratie» par l’islamisme et l’instauration de la charia : voilà à quoi risquent d’aboutir les transitions en Tunisie, mais surtout en Libye, croit Fatima Houda-Pepin. Et ces changements, qui ne sont pas étrangers à la maladresse de nos interventions d’Occidentaux, pourraient un jour nous affecter, s’inquiète-t-elle.
La députée de La Pinière et première vice-présidente de l’Assemblée nationale a exprimé cette inquiétude au salon bleu la semaine dernière dans une déclaration de députée. Bravo pour les révoltes du Printemps arabe, a-t-elle d’abord indiqué. Bonne nouvelle aussi que ces élections en Tunisie et la chute d’un tyran, Kadhafi. Mais dans l’ancien pays de Ben Ali, les islamistes d’Ennahdha se sont imposés dans les urnes. Et en Libye, le Conseil national de transition a déjà annoncé l’instauration d’un régime islamiste sous l’autorité de la charia, loi islamique.
Cette volonté, exprimée de surcroît par Moustapha Abdel Jalil — lui-même ancien ministre de la Justice sous Kadhafi —, a bouleversé Mme Houda-Pepin. « Est-ce cela la démocratie ? Est-ce cela la cause pour laquelle nous avons envoyé nos armées se battre en Libye au sein de l’OTAN ?», s’est-elle exclamée en Chambre. Sans compter, ajoute-t-elle en interview, qu’Abdel Jalil «n’est pas un élu, n’a pas de mandat de la population en tant que tel».
Les islamistes sont rusés, remarque-t-elle : «Ils savent que les démocrates du monde sont inquiets. Alors, ils nous font croire que leurs régimes islamistes seraient "modérés".» Islam «modéré» ? Une imposture, à ses yeux. «Le fondement même de la charia est d’être antidémocratique», déclarait-elle encore à l’Assemblée nationale. Pourquoi ? Ses lois et règlements sont «imposés au nom d’une certaine idée de Dieu, une idée qui ne peut être changée par la volonté humaine». Ainsi, «à quoi bon élire des députés si les parlementaires ne peuvent ni introduire ni modifier des lois découlant d’une charia immuable écrite au XIVe siècle ? Quelle tristesse pour ce magnifique printemps arabe qui n’aura duré qu’une saison !».
En entrevue, elle poursuit. Dans ces contextes, que signifie la charia ? «C’est l’implantation de la polygamie, c’est le divorce par simple répudiation, c’est l’amputation de la main pour celui reconnu coupable de vol, c’est des châtiments corporels, c’est la lapidation. Est-ce que c’est vers ça qu’on s’en va ? Vers l’obscurantisme ? »
2005 et 2006 : une motion contre l’instauration de tribunaux islamiques au Canada et au Québec
Mme Houda-Pepin n’en est pas à sa première dénonciation de l’islamisme radical. On se souvient qu’en 2005, elle proposait une motion à l’Assemblée nationale — qui sera finalement adoptée à l’unanimité — contre le projet d’instauration de tribunaux islamiques au Canada et au Québec. «Le jour où je révélerai dans quelles conditions j’ai fait adopter la motion du 26 mai 2005, il y a bien des barbes qui vont tomber», lâche-t-elle, énigmatique, refusant d’épiloguer. En 2006, peu après l’arrestation de 17 présumés terroristes islamistes torontois, elle dénonçait dans nos pages le «cancer» de l’extrémisme en train de «se répandre dans la communauté».
Depuis, l’emprise de cette mouvance «n’a pas vraiment reculé», soutient-elle. «Elle est de plus en plus sophistiquée, de plus en plus présente dans différents milieux.» Ici aussi, la députée se ferme lorsqu’on lui demande d’expliciter, de donner des exemples. «Je vais m’abstenir.» Elle se rabat sur un fait public : l’invitation faite par une association étudiante de l’Université Concordia aux militants islamistes britanniques Abdur Raheem Green et d’Hamza Tzortzis aux propos choquants sur le droit des femmes et des homosexuels. Depuis l’émergence des Frères musulmans en Égypte dans les années 1930, «cette mouvance est en marche». «Ces gens-là, ils ont tissé leur toile à l’échelle mondiale. Et donc, ils portent leur message partout, y compris dans les démocraties modernes. D’où cette visite. Ce n’est pas la première. L’endoctrinement, ça fait partie de leur stratégie de pénétration auprès des jeunes, auprès des personnes vulnérables ici et ailleurs.» Elle s’inquiète aussi de phénomènes récents, comme la revendication de «zones de charia», au Danemark par exemple.
Tunisie et Libye
Pour la politologue et députée, « nous tardons à prendre la mesure de la menace qui pèse sur nos droits et libertés par certains groupes radicaux ». Et la naissance possible, à l’étranger, de pays islamiques n’est pas de bon augure à ses yeux. Certes, la Tunisie, ce n’est pas la Libye. «La Tunisie s’est soulevée par elle-même, sans intervention extérieure. Un soulèvement porté par les jeunes.» De plus, souligne-t-elle, il y avait une société civile en Tunisie, et les jeunes y sont généralement bien éduqués. « Il y a eu des progrès majeurs en ce qui a trait aux droits des femmes. On avait aboli la polygamie, les femmes ont le droit au divorce, ne sont pas obligées de porter le voile, etc. »
Le résultat des dernières élections reste préoccupant, à ses yeux : «Pour moi, ce n’est jamais une bonne nouvelle lorsqu’en politique, on mêle la religion, on s’approprie la religion, on essaie d’imposer à la société tout entière, un code, des valeurs, des lois, des règlements qui émanent d’une certaine interprétation de la religion.»
Quant à la Libye, Fatima Houda-Pepin s’étonne que les pays occidentaux ne dénoncent pas plus fortement l’annonce concernant la charia, «une véritable gifle à l’OTAN». Puis elle élargit l’analyse : partout où les Occidentaux sont intervenus depuis quelques années — Afghanistan, Irak, Libye —, leur leitmotiv était «la démocratie». «Or, sitôt Kadhafi mort, la Libye s’empresse de proclamer l’autorité suprême de la charia. Et en Afghanistan, on fait quoi ? On va négocier avec les talibans ! C’est choquant.»
À ses yeux, il aurait fallu intervenir différemment. «Si, depuis qu’on est intervenu pour la première fois en Irak en 1990, on avait investi sur le long terme avec une sorte de plan Marshall, aujourd’hui, on en récolterait les résultats», croit-elle.
Notes biographiques pour Madame Fatima Houda-Pepin
26 décembre 1951 : Naissance à Meknès au Maroc. Janvier 1975 : Arrivée au Québec. 12 septembre 1994 : Première élection dans La Pinière. 26 mai 2005 : Elle fait adopter une motion à l’unanimité à l’Assemblée nationale s’opposant à l’implantation des tribunaux islamiques au Québec et au Canada. 26 mars 2007 : Réélection pour un 4e mandat. Le 8 mai 2007, Fatima Houda-Pepin devient première vice-présidente de l’Assemblée nationale, poste qu’elle occupe depuis. Elle est réélue pour un 5e mandat le 8 décembre 2008.
Source : «Vers l'obscurantisme» islamiste ?, par Antoine Robtaille, Le Devoir, 31 octobre 2011.
Lectures complémentaires proposées par le site Sisyphe.org :
- « À l’unanimité, l’Assemblée nationale du Québec rejette les tribunaux islamiques au Canada. Allocutions des députées Fatima Houda-Pepin, PLQ, et Jocelyne Caron, PQ ».
- « Appui à la motion de l’Assemblée nationale du Québec contre des tribunaux islamiques en droit de la famille », par Élaine Audet et Micheline Carrier, Sisyphe, 29 juin 2011.
- Des tribunaux islamiques au Canada ? Rubrique de plusieurs textes.
- Vida Amirmokri, Homa Arjomand, Élaine Audet, Micheline Carrier, Fatima Houda-Pepin, Des tribunaux islamiques au Canada ?, éditions Sisyphe, 2005. Ce livre contient la motion que Fatima Houda-Pepin a fait adopter à l’assemblée nationale du Québec contre l’instauration de tribunaux islamiques au Canada et au Québec.

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Bravo Madame !
Rédigé par : marie | 31/10/2011 à 21:46
Je veux pas faire mon vilain petit canard, mais le mari de madame Houda, monsieur Pépin s'est t'il converti pour convoler en juste noce avec madame Houda. Une p'tite question comme ça en passant?
Rédigé par : Michel | 01/11/2011 à 05:46
POUR MICHEL.
Une p'tite question comme ça en passant?
es-tu vraiment con ou tu fait semblant?
Rédigé par : Pierre Ouellet | 01/11/2011 à 15:08
Le fondement de la Charia est anti démocratique, ceci n est pas singulier à la religion musulmane, on peut le généraliser pour les trois religions monothéiste et pour toute théocratie; si en démocratie les lois sont dictées par le peuple en théocratie celles ci procédé d une volonté divine inscrite ds un des 3 livres saints, à savoir, la Thora, la Bible ou le Coran. Au delà de ces cas extrêmes, mais existants par ailleurs et c est le cas de l'Arabie Saoudite, de l'Iran ... Il y a des démocratie qui ont émergé sous la houlette de l'église et c'est le cas de la Belgique, il y a un peu moins de deux décades, la démocratie chrétienne était à la gouverne, En Italie, en Angleterre.... Ceci pour démontrer que religion et démocratie ne sont pas antinomiques en politique, ce qui l'est c est l'extrémisme en générale et l'extrémisme religieux en particulier, tel que l'islamisme. Avoir un projet politique cohérent autour des valeurs de l'islam n'a rien d'anti démocratique, les valeurs de l'islam, comme celles de la religion juive ou chrétienne se retrouvent ds tout projet politique qui a cœur la promotion de l'humaine nature en nous. En Tunisie, Mr Ghannouchi a un discours rassurant, faut il le croire? La suprématie de son partie est sortie des urnes, dans une élection démocratique, prenons le au mot et tendons lui la main ds une approche collaborative , exigeante et vigilante! Concernant votre questionnement sur les raisons qui ont motivées l 'intervention du Canada en Libye, rassurez vous madame ce n est certainement pas l'élan démocratique des conservateurs du Canada, ni l'amour qu ils cultivent pour les libyens mais comme leurs collègues de l'OTAN c'est la cupidité, L’appât du gain et mettre la main sur la richesse de la Libye qui est la motivation première de ces pays. Les peuples du nord de l’Afrique sont pauvres mais pas stupides et ils savent que c'est encore le projet Bush de MENA (Middle East North Africa) qui est en progression.
Rédigé par : Mansour EL Feki | 08/11/2011 à 10:52
@Mansour,
Non, on ne peut pas comparer l'islam aux autres religions monothéistes. La charia comporte trois inégalités fondamentales, bien décrites par Salim Mansur ici :
http://tinyurl.com/bug43bl
Inégalité entre musulmans/non musulmans, inégalité hommes/femmes, et inégalité hommes libres/esclaves. Le christianisme n'a aucun caractère suprématiste de cette nature.
Les partis démocrates chrétiens en Occident sont laïques et ne prônent pas l'établissement d'une religion d'état ou l'inscription d'une disposition dans la constitution prescrivant que la Bible est la source de l'interprétation des lois.
Aucun pays à majorité musulmane n'a réussi à mettre en place une démocratie véritable. Même en Turquie, des journalistes sont emprisonnés et des écrivains sont poursuivis pour insulte à l'islam. Et dans tous les pays musulmans, les minorités religieuses sont persécutées et traitées comme des citoyens de seconde classe.
Si les Tunisiens veulent un état islamique régi par la charia, soit ! C'est leur droit et qu'ils vivent avec. Par contre, en Occident, ceux qui veulent importer la charia ne sont pas les bienvenus.
Le Canada ne dépend pas de la Libye pour son pétrole. Si les Libyens ne veulent pas vendre leur pétrole aux Occidentaux, libres à eux. Ils sont libres de développer leur économie comme ils l'entendent et de vendre leur pétrole aux Chinois ou aux Russes, connus pour leur humanisme et leur altruisme, ou de ne pas le vendre du tout. Aucun pays n'est obligé d'exploiter ses ressources naturelles et d'en faire le commerce.
Sur mon site, j'ai fait valoir à maintes reprises que le pétrole albertain est de loin préférable au pétrole des pays arabes.
Rédigé par : Poste de veille | 08/11/2011 à 11:44
À Monsieur Mansour El Feki,
ne comparez pas l'Évangile avec le coran, ce sont des antonymes.
Nous avons d'autres sources de pétrole et bientôt partout des voitures électriques. Nous sommes aimés et favorisés par le Créateur parce que nous utilisons les talents qu'il nous donne généreusement, les femmes et les hommes ont le droit de se développer, nous n'entravons pas la beauté du monde offert et donné aux hommes.
Rédigé par : Lorraine | 08/11/2011 à 16:19