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15/04/2015

Commentaires

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Magali Marc

Excellente analyse. Vous avez compris qu'on doit juger Obama sur ce qu'il dit et fait et non d'après ce qu'on pense qu'il a en tête. Beau contraste avec Guy Millière qui ne cesse de le présenter comme un traître crypto-islamiste œuvrant contre l'Amérique. Comme vous le soulignez avec justesse, ce que les Gauchistes comme Obama (et Carter avant lui) ne digèrent pas c'est la protection des dictateurs par l'impérialisme américain (ex: le Shah d'Iran). Il est tout à fait dans la logique d'Obama d'avoir voulu faire amende honorable envers les Ayatollahs fascistes au pouvoir, résultat de la «révolution» iranienne contre la dictature du Shah. Il faut quand même reconnaître que Bush fils en refaisant la guerre en Irak et en supprimant Saddam Hussein, a pavé la voie aux Iraniens et favorisé Maliki, le chiite inféodé aux Ayatollahs.

Hélios d'Alexandrie

@ Magali Marc,

C'est dans l'analyse historique méthodique de l'ère Obama qu'il sera possible de conclure s'il avait pour objectif de servir son pays ou de lui nuire. Chose certaine bien avant son élection il a exprimé la volonté, ou plutôt la prétention, de transformer radicalement les États Unis.

Mais l'on peut dès à présent assembler plusieurs morceaux du puzzle, et le portrait partiel qui s'en dégage tend à confirmer qu'Obama est pour le moins ambivalent à l'égard des États Unis. Il l'est encore plus à l'égard du christianisme, dans la mesure où il ne manque pas une occasion de le critiquer et critiquer également les chrétiens, alors qu'il ne tarit pas d'éloges envers l'islam et les musulmans.

Paradoxalement l'islamophilie d'Obama l'a amené à combattre et tenter d'éliminer le terrorisme islamique. Pour lui il s'agissait moins d'un paradoxe que d'une étape incontournable dans la réhabilitation de l'islamisme aux yeux des américains, dans le but de lui donner un vernis de respectabilité, utile à la réussite de sa politique pro islamique.

Obama comme la majorité des "experts" et des "intellectuels" occidentaux refuse d'admettre que l'islam politique et le terrorisme islamique s'inscrivent dans un continuum, et qu'ils poursuivent les mêmes objectifs par des moyens différents ou plutôt par des formes de jihad différentes.

Je crois que le chaos qui sévit à présent au Moyen-Orient donne raison à George Bush contre ceux qui dès le début ont combattu sa politique. La guerre civile en Syrie et ses centaines de milliers de morts apportent la preuve qu'il ne suffit pas qu'un pays soit tenu de main de fer pour que la stabilité soit assurée. En effet Assad n'est pas moins tyrannique ni moins brutal que ne l'était Saddam Hussein, il ne s'est pas pour autant mis à l'abri de la guerre civile. En fait les lignes de fracture étaient plus visibles et plus profondes en Irak qu'en Syrie, et ce n'était qu'une question de temps, avant qu'un soulèvement de la majorité chiite, ne conduise l'Irak à un bain de sang encore plus horrible que celui auquel on assiste en Syrie.

George Bush a bon dos, et nul ne parle des causes des problèmes que les américains ont rencontré en Irak. Ces derniers ont commis nombre d'erreurs, la moindre n'étant pas d'avoir démobilisé l'armée irakienne et congédié les officiers loyaux à Saddam. Mais l'erreur la plus grave a été de ne pas imposer à l'Irak une constitution laïque, c'était sans doute pour ne pas apparaître comme les "ennemis de l'islam". En tant que puissance occupante ils ont choisi la tolérance plutôt que la fermeté, ils croyaient bien faire en accordant beaucoup d'importance aux chefs religieux et à leur tête l'ayatollah Sistani. Ils ont sous-estimé l'antagonisme politico-religieux entre sunnites et chiites.

Mais malgré ces erreurs l'Irak aurait connu un bien meilleur sort n'eût été de l'ingérence de ses voisins et en particulier la Syrie et l'Iran, qui ont permis aux différentes factions jihadistes sunnites de s'infiltrer en Irak et d'y semer la terreur et le chaos. L'Iran a aussi créé et armé les milices chiites de Moqtada Sadr et ces dernières ne se sont pas privées d'assassiner des sunnites en représailles aux attentats fomentés par les jihadistes d'al Qaeda dans les agglomérations chiites. Les américains grâce au Général David Petraeus ont réussi finalement à dissocier les tribus sunnites du Nord des organisations jihadistes, selon un plan qui s'est inspiré de la stratégie mise au point par l'armée française durant la guerre d'Algérie.

Juste retour des choses, les jihadistes sunnites qu'Assad a recruté et fait passer en Irak, sont les mêmes qui plus tard se sont attaqués à lui; ce sont eux qui forment actuellement le front al Nusra et l'État Islamique DAECH.

Au moment où Bush a transmis le pouvoir exécutif à Obama, l'Irak était largement pacifié et le gouvernement de Maliki était sous haute surveillance. Au point qu'à la fin de son premier mandat Obama pouvait prétendre, par la bouche de son vice-président Joe Biden, que l'Irak était un succès à mettre au crédit de... Barak Obama! Le dit succès a d'ailleurs joué un certain rôle dans la décision d'Obama de retirer totalement les troupes américaines d'Irak. Ce retrait était en grande partie politiquement motivé, Obama cherchait à se faire réélire et il avait besoin de ce retrait pour dorer sa feuille de route.

Il est sans doute utile de rappeler que le retrait d'Irak s'est fait malgré l'opposition du secrétaire à la défense Léon Panneta et même celle de Hillary Clinton. Panneta a d'ailleurs expliqué, dans le livre qu'il a publié il y a à peine six mois, que son opposition au retrait des troupes américaines était motivée par la situation instable en Syrie et le risque que cette instabilité s'étende à l'Irak.

Obama était donc au courant des dangers qui menaçaient l'Irak en cas de retrait des troupes américaines. Tout autre que lui, aurait maintenu au moins vingt mille soldats prêts à intervenir en cas de problèmes.

On ne refait pas l'histoire, mais il est tout de même important de ne pas la réécrire. Malheureusement les médias nous transmettent des informations tronquées, cela permet aux bien-pensants de lapider Bush et de se prosterner devant Obama.

Hélios d'Alexandrie

Gil.

1.- Je n'ai jamais douté de la pertinence de l'expression "the axis of evil". Cet axe du mal me rappelle, à moi comme à beaucoup d'autres, le croissant islamique qui se termine par l'étoile de la Corée du Nord (un alliage de symboles qui ressemble un peu au drapeau de la Turquie).

2.- Même si je n'ai jamais été certain si Bush devait mener une offensive militaires dans le Golfe, lorsqu'au travail un "confrère" musulman d'origine marocaine lança:
"Veux-tu bien me dire ce que font les USA en Irak?"
J'ai répondu du tac au tac (c'est tout ce qui m'est venu à l'esprit à l'époque):
"La même chose que ce qu'ont fait les califes du Maghreb en Espagne pendant 700 ans!"

3.- J'ai toujours été certain qu'il était de la responsabilité des USA de soutenir ce qu'ils avaient initiés... pour au moins 700 ans...
Lorsque j'ai entendu dire qu'ils songeaient à se retirer, j'ai été ahuri. Je me suis dit:
"Mais les jihadistes n'attendent que ce moment du retrait des troupes américaines pour y installer leurs barils de poudre et tout faire sauter!"
Dans ce dossier, Obama a certainement péché par complaisance...

Magali Marc

@ Hélios
Merci pour cette réponse fort intéressante. Toutefois quand vous dites: «La guerre civile en Syrie et ses centaines de milliers de morts apportent la preuve qu'il ne suffit pas qu'un pays soit tenu de main de fer pour que la stabilité soit assurée...», à mon avis vous faites abstraction du fait que cette «révolte» en Syrie ne s'est produite que bien après la chute des Khadafi, Ben Ali et Moubarak (que les Européens et Obama ont laissé tomber). Les Saoudiens et les Iraniens se sont mêlés (argent, armes, conseillers) de cette situation en Syrie, surtout parce qu'ils craignaient la «contamination». La «main de fer» ne suffit pas quand l'appui des Occidentaux n'y est plus. C'est bel et bien une conséquence de l'anti-impérialisme des Occidentaux et de leur sentiment entretenu (par la gauche) de culpabilité du fait d'avoir si longtemps soutenu des dictateurs. Je vous donne raison pour Dubya, lui et ses conseillers ont sous-estimé l'antagonisme religieux entre chiites et sunnites. Mais l'Irak pacifié de l’ère Bush? Vous avez oublié les annonces quasi-quotidiennes de mosquées tantôt chiites, tantôt sunnites qui sautaient. Des déclarations du genre: c'est le Ramadan qui commence, on craint les violences en Irak. Maliki, sous surveillance ou pas, multipliait les vexations envers la minorité sunnite et ces exactions ont donné naissance à l'État Islamique. Certes, Obama a échappé le ballon et a commis de multiples erreurs, mais il faut reconnaître la responsabilité des belligérants et pas toujours tout mettre sur le dos des Américains. Obama passera sans doute à l'histoire comme un leader sans colonne vertébrale qui a voulu être un «appeaser» des islamistes et qui s'est planté. Quant à son anti-christianisme, à mon avis, cela fait partie de l'idéologie de la gauche relativiste qui n'a pas cessé de nous rappeler les Croisades, la Saint-Barthélémy, l'Irlande du Nord. etc., chaque fois que quelqu'un voulait critiquer les Islamistes. Obama n'a pas inventé cette idéologie, mais il s'est beaucoup appuyé sur elle!

Sceptique

@helios
Le plus écœurant dans tout cela est la duplicité d'Assad et des baassistes.
C'est Assad qui a lancé et financé Daesh, dont les cadres sont des Baassistes irakiens reconvertis (principalement les anciens des services de renseignement militaire, sous la direction de al Dulaimi, l'adjoint de Saddam).
Et avec le soutien des ayatollahs iraniens et du Hezb, c'est à dire l'ennemi d'hier dans la guerre de 1979-1988!
Voir: Weiss, Hassan, ISIS. Inside the army of terror (2015)
http://www.amazon.ca/ISIS-Inside-Terror-Michael-Weiss/dp/1941393578

Hélios d'Alexandrie

@ Gill,

Je me souviens que l'expression "Axe du Mal" a fait largement s'esclaffer les européens, de la même façon qu'ils s'étaient scandalisés quand Ronald Reagan a appelé l'URSS "l'Empire du Mal". À l'ère du relativisme le manichéisme a mauvaise presse sans doute, mais les deux expressions collent étrangement à la réalité. Le refus d'en prendre acte compte parmi les sources de nos problèmes.

Il y a bien eu plus de 30 millions de morts en URSS, plus de 75 millions en Chine populaire, plus de 3 millions au Vietnam, et un nombre équivalent au Cambodge, mais qui songe aujourd'hui à ériger des monuments et des mémoriaux aux victimes du communisme? Qui s'est donné la peine de déclarer: "Plus jamais ça?" Qui a condamné les communistes pour crimes contre l'humanité? Poser la question c'est y répondre, contrairement au fascisme le communisme a bénéficié de l'indulgence de l'Occident, indulgence accordée par la gauche "démocratique" mais également par une droite pusillanime qui a honte de défendre ses valeurs.

Le fait est que l'Occident a tenté par tous les moyens de sauver le bloc de l'Est (l'URSS et ses satellites communistes) mais la pourriture de ces régimes était bien trop avancée pour qu'une opération de sauvetage ait des chances de réussir. Je me souviens des efforts désespérés de la France pour empêcher l'effondrement de l'Allemagne de l'Est, peine perdue le mur de Berlin a été escaladé et détruit à coup de masse par ceux-là même qu'il tenait prisonniers.

La gauche occidentale ne s'est pas remise de la disparition du bloc de l'est. La blessure narcissique n'a pas cicatrisé, elle s'est infectée et continue de produire du pus en abondance. L'Occident n'a pas fini de payer pour la chute du communisme.

Et le même phénomène se répète à présent avec l'islam. Tout porte à croire que le monde islamique est en voie de se désintégrer, les guerres civiles s'allument et n'en finissent pas de consumer les États et les peuples, mais l'Occident continue de se prosterner devant l'islam, comme naguère il s'inclinait respectueusement devant le communisme.

Nous pouvons appeler cela, masochisme ou haine de soi, le fait est là: entre les islamistes qui nous haïssent et les musulmans qui adhèrent sincèrement à la modernité, ce sont les premiers qui obtiennent notre faveur, à croire que nous sommes mal à l'aise d'être appréciés et rassurés d'être haïs.

Hélios d'Alexandrie

Hélios d'Alexandrie

@ Magali Marc,

Assad n'était pas soutenu par l'Occident, mais il représentait la stabilité, ni l'Occident ni Israël n'ont cherché à le déstabiliser. Au commencement les syriens se sont soulevés contre lui de la même façon que les tunisiens et les égyptiens s'étaient soulevés contre Ben Ali et Moubarak, c'est à dire qu'il y a eu des mouvements populaires composés principalement de jeunes, avant que les Frères Musulmans ne sautent dans l'arène et détournent la "révolution" à leur profit.

Assad est de la trempe de Saddam, mais il a plus à craindre et à perdre étant alaouite et donc appartenant à une branche "hérétique" de l'islam. Sa chute entraînerait un massacre des alaouites en Syrie, d'où l'opiniâtreté de sa résistance. La Syrie comme chacun sait a servi de champ de bataille entre l'Iran chiite et l'Arabie Saoudite, une guerre par procuration qui a vu l'émergence de groupes armés terroristes que la Turquie laissait passer à travers ses frontières avec la Syrie.

Erdogan a joué à Assad le même mauvais tour que ce dernier avait joué aux américains en Irak. Mais Erdogan a en plus des convoitises territoriales en Syrie, la Turquie revendique tout le territoire syrien au Nord d'Alep, elle a intérêt à ce que le chaos syrien se poursuive jusqu'à l'épuisement des forces en présence et l'exil des populations, elle pourra alors intervenir pour pacifier le Nord dans un premier temps et l'annexer en douce par la suite.

L'émergence de l'État islamique (DAECH) a bouleversé la donne stratégique et obligé les parties en présence à revoir leurs calculs. DAECH est devenu rapidement indépendant, bien qu'il continue à dépendre du bon vouloir de la Turquie pour ce qui est de la vente du pétrole et du passage des volontaires jihadistes à travers son territoire. Pour le moment la Turquie est le seul pays qui ne se sent pas menacé par DAECH, c'est aussi le seul à tirer profit de la guerre. Erdogan a fait la sourde oreille à John Kerry quand celui-ci lui a demandé de serrer la vis à DAECH, ce refus n'a pas eu de conséquences, Obama s'est abstenu de le rappeler à l'ordre.

L'Arabie Saoudite et les émirats ont pris acte de la "passivité" d'Obama et de son incapacité à formuler une stratégie cohérente face au chaos. L'opposition syrienne formée en majorité par les frères musulmans s'est effondrée sous les coups de butoir du régime d'Assad d'une part et par la défection de ses combattants et leur adhésion aux organismes jihadistes d'autre part. Du coup l'Arabie et les émirats se sont trouvés sans champion en Syrie, ils ont attribué leur échec au refus d'Obama d'appuyer tangiblement l'opposition, sur ce point ils ont en partie raison.

Je suis tout à fait d'accord avec vous quand vous dites:"il faut reconnaître la responsabilité des belligérants et pas toujours tout mettre sur le dos des Américains". La guerre qui fait rage est saintement islamique, elle oppose des musulmans de stricte observance à d'autres musulmans de non moins stricte observance, c'est à dire des gens particulièrement chers au cœur d'Obama. Cela explique sa réticence à prendre parti.

J'en viens à présent à l'Irak. Au début des années 1990, après la première guerre du Golfe, Saddam est parvenu à écraser dans le sang un soulèvement chiite (il a utilisé les mêmes méthodes qu'Assad père quand celui-ci a noyé dans le sang, la révolte des Frères Musulmans à Hama, dans les années 1980). Près de cent mille chiites y trouvèrent la mort, le massacre est resté largement ignoré; il faut dire que dans le temps il n'y avait ni Internet ni Tweeter, ni Facebook; en l'absence des médias internationaux les tyrans pouvaient massacrer à loisir. Les chiites se promettaient bien de se venger un jour et ils n'attendaient que l'occasion. Leur haine envers Saddam et la proximité de l'Iran les auraient poussés à la révolte de nouveau, de la même façon que les syriens sunnites se sont révoltés contre Assad. L'Irak était alors sous le coup des sanctions économiques, Saddam était affaibli. Si la seconde guerre du Golfe n'avait pas eu lieu, Saddam aurait gardé le pouvoir, peut-être aussi longtemps qu'Assad, mais il aurait tôt ou tard affronté une révolte populaire et une guerre civile armée et encadrée par l'Iran.

Après le "surge", c'est à dire l'opération menée par David Petreus en 2006 et 2007, les tribus sunnites du Nord se sont ralliées aux américains, al Qaeda y a perdu beaucoup de combattants et a dû baisser pavillon. La situation sécuritaire s'était tellement améliorée qu'un grand nombre d'irakiens réfugiés en Syrie et en Jordanie ont pris le chemin du retour. Bien plus, en 2011 et 2012 plusieurs syriens fuyant la guerre civile ont trouvé refuge en Irak. Tout est question de proportion, la violence n'a jamais cessé entièrement en Irak, c'est vrai, par contre elle avait considérablement baissé en intensité entre 2007 et 2012.

Hélios d'Alexandrie

Ren

Analyse éminemment intéressante de la situation au Moyen-Orient résultant de la politique étrangère américaine d'Obama. Chose encore plus intéressante est de constater que le conflit, le chaos, la confrontation et la violence sont inhérents à l'islam et à défaut d'être contenus par des agents extérieurs à l'islam, ceux-ci s'embrasent comme du pétrole en contact avec le feu. Tout comme les criminels doivent être contenus et enfermés car la liberté leur est néfaste compte tenu de leur tendance à des comportements préjudiciables, maints musulmans doivent être contenus afin qu'ils ne donnent libre cours à des penchants belliqueux et violents. Ces faits démontrent l'effet indéniablement pervers de l'enseignement de l'islam. Ce n'est pas être pessimite mais réaliste que d'affirmer que tant que l'islam prospèrera, le calvaire islamique perdurera!

Hélios d'Alexandrie


@ Sceptique,

Machiavel fait figure d'enfant de cœur à côté d'Assad et des mollahs d'Iran. S'il était vivant aujourd'hui, il aurait certainement ajouté un ou deux chapitres à son livre (le Prince). Le fait est que Machiavel en personne ignorait jusqu'où pouvait aller le "machiavélisme", et il est utile de préciser que Machiavel n'a pas inventé le "machiavélisme", il a été simplement le premier à le décrire objectivement et sans jugement de valeur.

Assad sait exactement à qui il a affaire, il sait qu'il a le dos au mur et que sa chute éventuelle entraînera toute la communauté alaouite de Syrie et un grand nombre de chrétiens et de druzes. Alors il vend chèrement sa peau en faisant flèche de tout bois. Il ne faut donc pas s'étonner de le voir approuver les bombardements américains contre l'État islamique en Syrie, et en même temps acheter le pétrole produit en Syrie par l'État islamique et utiliser ce même pétrole pour l'alimenter en électricité!

Est-ce à dire que l'État islamique est une créature d'Assad? Pas le moins du monde, mais Assad ne peut se permettre d'avoir des scrupules, il se sert de l'État islamique de la même façon que ce dernier se sert de lui. Les termes du marché sont précis et n'impliquent aucunement une alliance: "je te hais à mort mais j'ai pour l'instant besoin de toi. Tu me hais à mort mais tu as besoin de moi. Tant que l'équilibre des forces entre nous se maintient, il est de notre intérêt à court terme d'échanger des services. Plus tard nous aurons le plaisir de nous massacrer mutuellement!

Assad ne donne pas le "Bon Dieu sans confession", ni aux Mollahs d'Iran, ni au Hezbollah, qui pourtant envoie ses hommes se faire tuer au combat pour sauver son régime. Les mollahs rêvent du "croissant chiite" lequel n'est possible que si la Syrie, à l'exemple du Liban, est totalement inféodée à l'Iran. Assad est bien trop syrien et bien trop nationaliste pour accepter la tutelle des perses, bien plus il sait que ces derniers n'hésiteraient pas à le lâcher, si Obama leur proposait un marché qu'ils ne pourraient refuser. Il a donc intérêt à ne pas se livrer pieds et poings liés aux mollahs, d'où ses ententes provisoires avec l'État islamique et ses manœuvres diplomatiques avec les occidentaux.

On dit qu'Assad est cruel et sans scrupules et c'est vrai, récemment il a laissé les jihadistes de l'État islamique pénétrer dans le camp palestinien de Yarmouk lequel se trouve à quelques kilomètres de Damas. Il a donné l'ordre à ses troupes de ne pas empêcher l'avance des jihadistes. Il y a une raison à cela, les palestiniens du Yarmouk sont majoritairement des partisans du Hamas, c'est à dire des Frères Musulmans les ennemis jurés d'Assad. Ce dernier a jugé que les palestiniens l'avaient trahi alors qu'ils avaient durant des années bénéficié de sa protection. Dans les circonstances il n'était pas pour sacrifier ses soldats à les défendre, il a donc laissé les jihadistes de l'État islamique massacrer méthodiquement les jihadistes du Hamas.

Mais en agissant ainsi Assad fait preuve d'indépendance face à l'Iran, lequel a établi une alliance avec le Hamas à Gaza pour mener des actes terroristes contre Israël. Le message d'Assad aux iraniens peut se résumer ainsi: "mes priorités diffèrent des vôtres, vous avez un agenda, moi aussi j'en ai un. Vous avez absolument besoin de moi, sans moi vous pouvez oublier votre rêve de croissant chiite, si je tombe, le Hezbollah au Liban tombe aussi, et c'en sera fait de votre projet expansionniste pour lequel vous avez dépensé des milliards de dollars."

Le Hezbollah libanais est mal pris, c'est la conséquence directe de son inféodation aux mollahs iraniens dont il a exécuté scrupuleusement les ordres. Ses partisans tardent à réaliser qu'il n'est actuellement qu'un pion entre les mains des perses. Les mollahs et Assad se battront jusqu'au dernier militant du Hezbollah, celui-ci n'a pas le choix, il doit absolument se battre en Syrie pour empêcher l'État islamique d'avancer en direction du Liban, il y va de sa propre survie et de celle des libanais chiites.

Reste la question à cent mille dollars: Quand et comment tout cela va-t-il finir?

Hélios d'Alexandrie

Hélios d'Alexandrie

@ Ren,

Je vous cite: "...le conflit, le chaos, la confrontation et la violence sont inhérents à l'islam et à défaut d'être contenus par des agents extérieurs à l'islam, ceux-ci s'embrasent comme du pétrole en contact avec le feu."

Vous avez en quelques mots tiré la leçon de ma chronique. Il est tout de même étonnant que nos politiciens refusent de prendre acte de cette réalité.

Hélios d'Alexandrie

Magali Marc

Merci Hélios. Les politiciens «refusent de prendre acte» de la réalité au MO parce qu'il n'y comprennent rien. Moi-même j'ai besoin de faire beaucoup de lectures (et le loisir de les faire) et encore je n'arrive pas à votre niveau d'analyse! Votre excellente démonstration montre quand même que je n'avais pas tort sur un point: l'embrouille des belligérants en Syrie a bel et bien servi à noyer le «printemps arabe» que souhaitaient certains Syriens qui pensaient peut-être avoir l'appui de l'Occident. Ces soi-disant «printemps arabes» ont favorisé l'émergence de l'islam politique de l'État Islamique, une idéologie fasciste. L'aspect religieux ne servant qu'à l'endoctrinement. Au moins en Égypte Al-Sissi a réussi à juguler l'avancée des Frères Musulmans.

michadri

Obama n'a pas agi part naiveté.A lire, l'excellent ouvrage de Guy Millière: le désastre obama;désastre qui tourne a l'abomination.Cette ordure veut la perte du monde occidental.Dans moins de deux ans,cet individu retournera dans les poubelles de l'histoire !!

Polémos

Hélios,

Merci pour votre analyse fine de ce panier de crabes qu'est devenu le Moyen-Orient. Et Israël dans tout ça? J'ai peine à imaginer comment ce petit pays va tirer son épingle du jeu. D'autant que l'appui des États-Unis s'est quelque peu ramolli (on pense au fameux accord sur le nucléaire iranien et aux relations entre Obama et Bibi). Je serais curieux de connaître vos vues sur ce sujet. Et puis, il y a aussi la Jordanie, aux premières lignes de la lutte contre DAESH. Et la Tunisie aussi (le sud du pays touche à la Lybie en plein chaos, et DAESH menace là aussi). La situation est apocalyptique, le mot n'est pas trop fort.

Hélios d'Alexandrie

@ Polémos,

J'ai tardé à vous répondre, veuillez m'en excuser.

En ce qui concerne Israël, le danger de l'État islamique est bien réel, mais il n'est pas immédiat. DAESH a d'autres priorités et il n'est pas pour se casser la figure en s'attaquant tout de suite à infiniment plus fort que lui. Cela ne l'empêchera pas de s'allier au Hamas et de chercher à accomplir un ou deux "exploits" terroristes contre Israël, histoire de démontrer qu'il n'a peur de rien, mais la bataille existentielle est encore loin.

Cependant il n'est pas interdit de penser qu'Israël n'est pas immobile ni passif devant la déferlante jihadiste. Dans toute crise il est possible de trouver des opportunités. Affaiblir ses ennemis est sans aucun doute un objectif légitime et dans bien des cas louable, d'autant plus que ses ennemis se battent à mort entre eux. Chose certaine, Israël surveille de très près les différents champs de bataille, il lui est sans doute possible, en coulant des informations à l'un ou l'autre des protagonistes, à faire pencher la balance, tantôt d'un bord tantôt de l'autre; l'important est qu'aucune des parties n'ait le dessus.

Mais Israël collabore activement avec les kurdes dont il souhaite la victoire en Irak et en Syrie. Rien ne ferait autant plaisir à Israël qu'un état kurde indépendant.

Obama a horreur d'Israël et Netanyahou fait plus que lui donner des boutons, mais la haine d'Obama a peine à se frayer un chemin au Congrès, elle n'est pas impuissante mais elle ne peut aller très loin, d'autant plus que le Pentagone entretient des liens très étroits avec Israël et ce sur tous les plans: renseignement, armements, tactiques etc.

Et puis il y a les présidentielles de 2016, le parti démocrate n'apprécierait pas qu'Obama s'acharne sur Israël, ce serait faire un cadeau inespéré aux républicains et ce serait obliger Hillary Clinton de se dissocier ouvertement de lui et même de le critiquer.

Obama qui ne sait plus comment défendre son bilan en politique étrangère et qui voit la catastrophe s'étendre de plus en plus en direction des sources du pétrole, n'a rien à gagner à s'attaquer à Israël. Ce n'est simplement pas le moment, les arabes sont occupés ailleurs et pour tout dire, ils se moquent éperdument des palestiniens.

Les saoudiens ne dédaignent pas l'aide des israéliens dans leur guerre contre les houthis au Yémen, et le jour où Israël enverra ses avions bombarder les sites nucléaires d'Iran, l'Arabie saoudite fera plus que fermer les yeux lors de leurs passages sur son territoire, elle leur offrira toute l'assistance requise. Les ulémas à cette occasion produiront des fatwas pour tout justifier: les juifs sont gens du livre, ils sont reconnus dans le coran, contrairement aux chiites hérétiques.

La Jordanie est soutenue financièrement et diplomatiquement par l'Arabie Saoudite, elle est soutenue également par les États Unis. Mais c'est le soutien militaire d'Israël qui compte le plus. La Jordanie est la première ligne de défense d'Israël, à la fois contre l'Iran et contre l'État islamique, il est très peu probable qu'il s'en désintéresse.

En ce qui concerne la Tunisie, les choses se présentent malgré tout assez bien. Si l'État islamique l'attaque, je ne crois pas que les soldats tunisiens tourneront les talons comme les irakiens, ils feront face et ne perdront pas pied, il y va après tout de leurs femmes et de leurs enfants. Et puis l'aviation de l'OTAN est toute proche, les jihadistes sur leur pick-ups n'iront pas bien loin sous la pluie de bombes et de missiles. Voilà pourquoi je crois que l'État islamique concentrera ses forces en Lybie, ce qui ne l'empêchera pas de commanditer des attentats en Tunisie comme on l'a vu récemment.

Hélios d'Alexandrie

Dan

Merci Hélios pour vos analyses. La situation au Moyen-Orient est compliquée et nous inquiète beaucoup. Nous sommes inquiéts pour nos familles qui vivent encore sur ces terres.

Polémos

Merci Hélios de ce survol assez complet. Bref, Israël doit rester en retrait, conclure des alliances ponctuelles et observer les loups se manger entre eux au mieux de ses intérêts! Et surtout, se foutre royalement de l'opinion de la soi-disant «communauté internationale» (qui de toute façon condamne Israël peu importe ce que le pays décide de faire).

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