L'histoire de l'ancienne épouse de Boris Johnson, l'actuel maire de Londres, comme celle d'autres femmes blanches de la classe moyenne, instruites et privilégiées qui se convertissent en grand nombre à l'islam le plus strict, dérange l'auteure de cet article, une musulmane britannique.
Image : Un nouveau départ : Allegra Mostyn-Owen, ancienne épouse de Boris Johnson, organise des cours d'art dans une mosquée et a épousé un musulman de 23 ans.
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Je suis impatiente de rencontrer Allegra Mostyn-Owen et de soutenir le travail inestimable qu’elle accomplit à la mosquée de Forest Gate, à l’est de Londres.
Elle y organise des cours d’art destinés aux femmes et enfants musulmans. L’esprit et la vie des musulmans sont écrasés dans le monde entier par des fanatiques qui interdisent aux jeunes l’art, la musique et les livres. Cette intrépide femme blanche ose écarter le rideau de l’ignorance.
Elle a été la première épouse de Boris Johnson, et elle n’est donc manifestement pas femme à esquiver les défis. Mais je découvre ensuite qu’elle a épousé un homme beaucoup plus jeune, originaire de Lahore, et qu’elle imagine son avenir en tant qu’épouse vieillissante heureuse de son sort dans une famille islamique orthodoxe où elle accueillera une épouse plus jeune qui fera des enfants. C’est son choix, et on lui souhaite du bonheur.
Plusieurs de mes proches amis pakistanais et arabes vivent des mariages heureux avec des épouses européennes, les deux partenaires faisant des concessions réciproques sur leurs modes de vie et leurs valeurs.
Ce n’est pas le choix de Mostyn-Owen. D’abord, elle a épousé un homme beaucoup plus jeune et en pleine forme, et peut-être en éprouve-t-elle un trop grand sentiment de gratitude. Ensuite, elle accepte une reddition totale et sans aucune remise en cause aux pratiques les plus régressives de certains de mes coreligionnaires. Les réactions de sa famille sont subtilement xénophobes et doivent faire mal. Mais ses choix sont tout aussi inexplicables pour des musulmanes comme moi. La génération de ma mère a combattu pour l’égalité et le mariage monogame, une lutte qui dure encore. Voir les filles de Britannia renoncer à ces droits sans y prêter attention, c’est pratiquement insupportable.
Et cela se produit aussi ailleurs en Europe. Depuis le 11 septembre, un grand nombre de femmes blanches de la classe moyenne, instruites et privilégiées, se sont converties à l’islam, et souvent à ses formes les plus restrictives avec d’interminables listes de contraintes et d’interdictions. Les enquêtes semblent montrer qu’elles constituent en Occident le groupe de convertis qui augmente le plus vite. Parmi elles, on trouve ici des femmes qui travaillent dans des banques d’investissement, dans des stations de télévision, dans des universités ou dans le service national de santé.
Il y a quatre ans, lorsque la tendance a commencé à se dessiner clairement, le Dr Haifa Jawad, de l’université de Birmingham, a déclaré : « Les femmes réagissaient aux incertitudes morales du monde occidental. Beaucoup se convertissent par conviction et non par amour ». Mostyn-Owen affirme que son mari « n’est pas contaminé par la confusion désabusée de la vie citadine occidentale ». Ce sont souvent de telles images de contamination et de pureté qui sont employées pour expliquer les décisions. Trois de ces converties m’ont expliqué l’an dernier que leur vêtement de nonne fait qu’elles ont le sentiment d’être moins perçues comme des objets et qu’elles se sentent « purifiées ».
L’islam accorde aux femmes leurs propres biens et leur propre argent, ainsi que le droit au plaisir sexuel dans le mariage — une évolution radicale à une époque où dans le monde les femmes n’étaient guère plus que des biens mobiliers. La plupart des musulmanes que je connais sont profondément heureuses et peuvent être ce qu’elles veulent être. Aucune d’entre elles n’accepterait la polygamie. La religion est née à une époque où, partout dans le monde, les hommes avaient plusieurs femmes. Cette coutume n’a pas sa place dans le monde d’aujourd’hui.
Mostyn-Owen et les autres converties soumises du même type pensent peut-être que leur nouvelle vie est excitante par son exotisme mais leurs choix font régresser la religion vers les âges obscurs. Et pourquoi ? Simplement parce qu’elles s’ennuient un peu dans leur liberté ? Les musulmans progressistes ont assez de luttes à mener sans de telles lubies. La gentille dame doit faire de son mariage un mariage musulman moderne, entre égaux, sinon j’ai bien peur qu’il y ait beaucoup de larmes avant l’heure du coucher.

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