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13/01/2015

Commentaires

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Polémos

Extraordinaire! Mais en même temps, on voit bien que certains langages corporels dans l'assistance révèlent de la réticence, une certaine crispation. Mais encore une fois : Extraordinaire! Exactement le genre de discours qu'on aimerait davantage entendre de la part des leaders politiques et religieux du monde musulman.

Hélios d'Alexandrie

El Sissi est un homme lucide, il voit le problème et il a le courage d'en parler sans détour. Je pense qu'il n'est pas assez naïf pour croire que les ulémas d'el azhar sont motivés à le régler. Son discours ne s'adresse pas à eux mais aux chefs d'état occidentaux et à un moindre degré aux égyptiens.

Aux chefs d'état occidentaux il donne le feu vert: "vous voyez bien que l'islamisme est dangereux, hâtez-vous de mettre fin aux activités des islamistes, cela épargnera à vos pays des guerres civiles, et vous nous aiderez par la même occasion à nous débarrasser d´eux".

Aux égyptiens qui s'opposent à l'islamisme il donne un sérieux coup de main et il place sur la défensive tous les fanatiques, il permet la libération de la parole et abolit le tabou qui interdit de critiquer l'islam.

El Sissi ne parle pas pour ne rien dire, il n'a pas peur de répéter le même discours et à chaque fois il renchérit sur le précédent. Son discours le plus récent prononcé dans l'antre du lion islamique est aussi le plus marquant.

Traditionnellement le pharaon, s'il est assez puissant, exerce le contrôle sur les chefs religieux et ne leur laisse que peu d'autonomie, le but d'el Sissi est d'éliminer les frères musulmans et les salafistes, tant qu'ils seront présents, l'Égypte sera en danger.

D'aucuns voient en Sissi un nouveau Nasser, tel n'est pas le cas. El Sissi est un vrai pharaon, ce qui signifie qu'il fera tout pour rétablir le prestige de l'Égypte, entre autres mettre fin à la nuisance islamiste.

Hélios d'Alexandrie

Polémos

Et ici encore...

http://www.lefigaro.fr/international/2015/01/13/01003-20150113ARTFIG00413-des-intellectuels-de-confession-musulmane-appellent-a-une-revolution-en-islam.php

 P. Samir Khalil SAMIR, SJ

Bonjour Hélios,

L’Islam peut-il se réformer ?

Je crois que nous sommes profondément d'accord sur la situation de l'Islam, sa maladie, sa crise, et sur son inacceptable réaction face à ses propres maux. Je n’ai pas le sentiment que là-dessus nous divergeons, pas plus qu’avec mon confrère (et cousin) Henri Boulad.
L’Islam a besoin d’être réformé, a besoin d’une « révolution » (thawrah) intérieure, comme l’a dit la semaine dernière le Président Al-Sissi, en présence de tous les imams d’al-Azhar et d’autres. La question de fond est : L'Islam est-il réformable? Je n'en sais rien. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'est pas actuellement en mesure de se réformer; et aussi que la réforme, si elle advient, demandera des décennies.
Dans l'histoire du monde arabe, nous avons dû attendre 5 siècles, entre le début du 14° et la moitié du 19° siècle (notre fameux «‘Asr al-Inhitât», comme l'appellent les manuels de littérature arabe) pour voir venir un début de Renaissance («‘Asr al-Nahda»). Combien de temps faudra-t-il aujourd’hui pour notre 2de Renaissance, je n'en sais rien. Ce qui est sûr, pour moi, c'est que l'Islam (moteur hélas du monde arabe) ne s'en tirera pas tout seul.
Je ne crois pas non plus que l'Islam, avec plus d'un milliard et demi de membres (actifs ou passifs) et destiné à croître rapidement par la reproduction naturelle, pourra se décomposer et changer d'attitude, tout seul. De là ma conviction qu'il nous faut l'aider. Par "nous" j'entends les chrétiens. Je suis persuadé, en effet, que ce n'est pas le monde sécularisé qui pourra l'aider, et pas davantage les musulmans tout seuls, de l'intérieur, qui pourront l'aider. Nous, chrétiens, pourrions le faire, sans les agresser, par la critique constructive et l’accompagnement culturel et spirituel. Il ne s'agit pas de les détester (à cause du mal qu'il nous font, et de la discrimination qu'ils exercent à notre égard), mais de les aimer et de les aider, comme un frère malade.
Telle est, je crois, notre vocation de chrétiens (et spécialement chrétiens du monde arabe), notre mission. Nous partageons beaucoup de leur culture, mais avons la chance inouïe d’avoir pour guide l’Evangile. Cet Evangile est à partager avec eux … de la manière la plus acceptable. Bref, le problème n’est pas : « Est-ce que l’Islam peut se renouveler, se réformer ? », à cette question la réponse est « tout seul, non ! ». La vraie question est : « Comment aider l’Islam et les musulmans à se réformer ? ». A nous de réfléchir là-dessus, et d’agir.
En bref,
1.L’Islam doit se réformer, pour son bien et celui de l’humanité.
2.Il ne semble pas être en mesure de le faire par lui-même, à cause du poids des fondamentalistes et de l'absence d'interprétation actualisée du Coran.
3.Il doit être aidé par d’autres, et je pense que c’est à nous, chrétiens, de le faire … pour le bien de tous.
Père Samir SJ

Hélios d'Alexandrie

@ Père Samir Khalil, SJ

Je suis d'avis que l'islam au départ a introduit en lui les éléments interdisant sa propre réforme. Ils sont au nombre de deux. Je les appelle les deux pilules empoisonnées qui tuent dans l'œuf toute tentative de changement. La première c'est l'affirmation ou le dogme que le Coran est la parole d'Allah existante de tout temps, incréée, immuable et en tous points parfaite. La seconde pilule c'est l'exemplarité du prophète Mahomet tenu pour la créature d'Allah la plus parfaite et qui doit obligatoirement servir d'exemple, voire d'idéal, à toute l'humanité. On peut donc conclure que ce sont ces deux dogmes qui bloquent l'idée même de réforme, en effet pour qu'elle raison réformer ce qui est parfait si ce n'est que dans l'intention de le détruire?

Les fondamentalistes ne sont que les gardiens du dogme, en fait ils constituent l'avant-garde dans le système de protection qui inclut la majorité des musulmans. Le dogme est ancré dans l'esprit des musulmans, il est protégé voire blindé face au doute et aux questionnements. Douter, se poser des questions constituent une transgression dont Allah tiendra compte au jugement dernier. La peur de l'enfer s'allie naturellement à l'interdiction de penser.

L'espoir, à mon avis, ne tient pas à une réforme illusoire, même si le besoin de réforme est criant. Il tient davantage dans la chute du monde islamique comme l'a si bien démontré Hamed Abd El Samad. Cette chute est inévitable, elle a d'ailleurs commencé et rien ne pourra la freiner. Les conflits sanglants, les crises qui secouent l'oumma au complet sont des signes qui ne trompent pas du processus d'effondrement.

Comme nous pouvons le constater les chrétiens sont les victimes innocentes de cette chute, ils sont simplement emportés par le torrent. Leurs énergies sont désormais consacrées aux impératifs de survie, tout ce qu'ils peuvent faire à court terme est de servir d'exemple: non-violence, constance dans la foi, espérance, pardon, solidarité avec leurs frères musulmans qui souffrent, autrement dit rendre témoignage à Jésus-Christ en paroles mais encore plus par leur façon d'être et de réagir face à la tragédie. Ce n'est pas rien et c'est même beaucoup, non seulement face à l'islam mais encore plus face à l'Occident.

La chute du monde islamique frappera au cœur les musulmans, l'incrédulité et le désarroi seront immenses, la perte de sens et de repères plongera les musulmans dans une forme de dépression collective, la souffrance psychologique s'ajoutera naturellement aux autres souffrances. Le spectacle de la cruauté gratuite et des nombreuses hécatombes sera aggravé par l'absence d'empathie et de compassion démontrée par les ténors politico-religieux musulmans, plus préoccupés à attiser le feu qu'à le circonscrire.

J'ignore si le monde musulman trouvera en lui les ressources nécessaires à son salut. C'est fort possible, Hamed Abd El Samad garde espoir, il voit les nouvelles pousses émerger de la forêt qui a brûlé, il a sans doute raison et je suis certain qu'à cette étape la contribution des chrétiens sera cruciale.

Mais restera-il encore des chrétiens en dehors de l'Égypte et du Liban? Et quel rôle joueront les ex-musulmans dont plusieurs sont devenus ou deviendront chrétiens?

L'ouragan passera cela est certain, il nous incombe de prévoir l'après et d'aider nos frères musulmans à se reconstruire sur de nouvelles fondations.

Merci pour votre commentaire et j'espère que vous continuerez à intervenir sur ce blog.

Et faites le Bonjour de ma part au Père Henri Boulad.

Hélios d'alexandrie

Polémos

Daniel Pipes s'interroge sur la solidité des velléités de réforme de l'islam affichées par Abdel Fattah al-Sisi. Pipes met un bémol sur l'idée favorable que je me faisais du président égyptien, mais comme disait l'autre, l'avenir nous dira ce que le futur nous réserve!

Intéressant tout de même...

http://fr.danielpipes.org/15475/sisi-reformateur-islam

Hélios d'Alexandrie

@ Polémos,

Pour avoir écouté maintes fois el Sissi, je suis venu à la conclusion que l'islam pour lui n'a pas besoin de réforme, il a plutôt besoin d'une amputation. L'islam doit être amputé de tous ses textes sacrés qui le rendent dangereux et hostile à la modernité.

Je suis convaincu qu'el Sissi en viendra à mettre sous le boisseau tous les versets belliqueux du coran et la presque totalité des hadiths et de la sunna de Mahomet. Il le fera pour le salut de l'Égypte et rien d'autre. El Sissi a sans doute évolué avec le temps, il est avant tout égyptien, son égyptianité l'emporte sur son islamité. Depuis qu'il est au pouvoir la parole s'est libérée, les textes sacrés autre que le coran sont vertement critiqués, les critiques n'hésitent pas à s'attaquer au corpus des hadiths de Boukhari et de Moslem dont la sacralité ne le cède qu'au seul coran. Et dans les débats je peux vous assurer que les savants musulmans sont sur la défensive et peu d'entre eux se risquent à lancer l'anathème sur les critiques.

Le public occidental gagnerait à suivre ces émissions, malheureusement elles ne sont pas traduites et même si elles l'étaient seule une minorité de gens les suivraient.

Mais comme elles s'adressent à un très large public parlant l'arabe, leur impact en Égypte et dans les pays arabes est immense. Si on fait abstraction des 20% de fanatiques irréductibles, les gens qui suivent ces émissions ne peuvent faire autrement que s'interroger sur le bien-fondé de l'islam.

En Égypte l'islam graduellement se transforme en une sorte de village Potemkine, un décor de théâtre en somme. Amputé de son fanatisme et de sa violence il perd toute sa substance.

Il y a à peine un mois Saroite el Kherbawy, écrivain bien connu ex-frère musulman, dans un article largement diffusé, a avoué aimer profondément Jésus-Christ; il s'est imaginé en tête à tête avec lui, lui demandant comment mettre fin à la violence et aux tueries perpétrées par les islamistes. Dans cet article les réponses de Jésus sont presque toutes tirées du Sermon sur la Montagne (Évangile selon Saint-Mathieu), c'est comme si cet ex-islamiste s'était mis dans la tête de prêcher l'Évangile!

Les choses bougent en Égypte, et c'est habituellement l'Égypte qui influence le monde arabe.

Daniel Pipes est relativement bien informé, mais il n'est pas au fait de tout ce qui se passe sous le radar des médias occidentaux.

Hélios d'Alexandrie

Gil

@ Père Samir SJ

En écrivant: "Je suis convaincu qu'el Sissi en viendra à mettre sous le boisseau tous les versets belliqueux du coran et la presque totalité des hadiths et de la sunna de Mahomet. Il le fera pour le salut de l'Égypte et rien d'autre.", je crois qu'Hélios d'Alexandrie fait un souhait tout à fait légitime. Mais pour employer sa rhétorique, je crois que c'est en grande partie dû à la tendance qu'ont les gens de projeter leurs espoirs ou plutôt leurs illusions sur lui...

Pour vous dire que j'abonde entièrement dans le sens de votre commentaire à savoir que l'islam ne se réformera jamais de l'intérieur et qu'il appartient aux chrétiens d'apporter l'aide nécessaire.

Tout ça me mène aux origines du christianisme. Combien de martyrs a-t-il fallu pour qu'enfin le monde soit un peu libéré de la cruauté de Rome? C'est malheureusement ce qui nous attend dans un avenir proche. Mais il y a aussi un autre aspect qui me vient à l'esprit: Le Corps du Christ. (Première épitre aux Corinthiens 12, 12-13)

Si seulement une dizaine des membres les plus influents de l'islam se convertissaient au christianisme, nous n'aurions plus à nous inquiéter de la charia. Suis-je en train de projeter mes espoirs et mes illusions aussi?
Je pense ici à Paul de Tarse: Qui aurait cru dans le petit cercle des chrétiens de son époque que ce persécuteur sanguinaire à la solde des Romains allait changer radicalement de voie et devenir l'apôtre implacable que l'on connaît?

Ma prière est que Jésus intervienne lui-même et définitivement, aujourd'hui, comme il l'a fait jadis sur le chemin de Damase.
Et s'il nous demandait à nous, par l'exemple d'une vie selon son enseignement, d'être à la hauteur de ce qu'Il Est, et de nous atteler au travail de libération? Nous sommes membres du Corps du Christ et nous avons de ce fait le pouvoir de sauver l'humanité. C'est l'espoir que je projette sur Jésus-Christ fils du Vrai Dieu. L'illusion n'existe que pour ceux qui s'en lavent les mains.

Hélios d'Alexandrie

@ Gil,

Peut-être que je projette sur el Sissi mes espoirs ou plutôt mes illusions, l'avenir se chargera de me désillusionner ou de me donner raison. Cependant ma connaissance de la situation précaire de l'Égypte me porte à croire qu'el Sissi est plus que sérieux dans sa démarche, il est résolu à la mener à bien.

Il n'a d'ailleurs pas le choix, l'Égypte doit se sortir rapidement du marasme où elle se trouve, pour cela el Sissi doit écraser les islamistes, non seulement sur le plan politique mais plus encore sur le plan idéologique. Il doit absolument les discréditer, les neutraliser sur le plan idéologique et religieux. Et il en a le pouvoir, en fait il agit à l'opposé de ce qu'a fait Moubarak, ce dernier avait choisi de laisser les islamistes agir en toute liberté, en retour ils lui avaient promis de ne pas prétendre au pouvoir.

Bien entendu l'Égypte sur le plan religieux est une écurie d'Augias à grande échelle, cela prend un Hercule pour la nettoyer. Un Hercule ou un Pharaon, el Sissi n'est pas Hercule mais il est pharaon, c'est à dire capable d'entreprendre et de mener à bien des "travaux pharaoniques".

El Sissi a compris l'importance d'interdire aux marchands du temple de vendre leur salade, désormais les prêches des mosquées sont étroitement surveillés, les imams fanatiques sont au chômage, les ressources financières de l'islamisme sont largement taries, les manuels scolaires sont purgés de leurs passages haineux, les programmes télé discréditent les hadiths scandaleux ou contraires au bon sens, etc.

Croyez-le ou non un journal égyptien à grande diffusion a annoncé la semaine dernière que Mahomet le prophète de l'islam sera "jugé" sous peu dans ses pages. Actes d'accusation, preuves, plaidoiries tout y sera! Les imams salafistes s'en arrachent les poils de la barbe. Pas mal pour un pays supposément sous l'emprise de l'islam.

Parallèlement el Sissi a entrepris de grands travaux pour remettre sur pied l'économie égyptienne, le canal de Suez est agrandi, la région du canal abritera de nouvelles industries, les investissements étrangers commencent à affluer, le tourisme prend de l'essor, l'espoir renaît et les gens trouvent du travail.

Bien entendu les défenseurs des droits, tant en Égypte qu'à l'étranger trouvent ample matière à critiquer, mais qui en dehors d'eux se plaindra de la défaite des islamistes et du rapprochement avec les chrétiens?

Hélios d'Alexandrie

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